Association de Psychologues Cliniciens d'Orientation Freudienne

Introduction, « Le symptôme, de la puberté à l’adolescence » – 33eme soirée

Dario MORALES

L’objectif de la soirée est double ; nos invités vont se pencher sur la prise en charge psychiatrique des jeunes personnes, actuellement en âge adulte mais dont les problématiques ont débuté au cours de l’enfance et/ou à l’adolescence ; parfois le déclenchement s’est produit au cours de la période qui va de la puberté à l’adolescence, ces processus, semblent avoir laissé des traces puisque des traitements sont en cours ; ces pathologies ne se sont donc pas résorbées ; en même temps, vous qui êtes des cliniciennes, inspirées par la psychanalyse, vous nous montrerez comment vous bricolez avec ces jeunes ; d’abord vous témoignerez de la rencontre, du cheminement, des trajectoires incertaines mais qui sûrement vont s’avérer positives. Vous nous montrerez ainsi en quoi consistent ces stratégies de soutien, d’accompagnement ou la thérapie, l’école et les études, ne seront pas abandonnés mais aménagés avec rigueur pour permettre à chaque jeune, son inscription singulière, sa meilleure stabilisation, au regard du vécu qu’il traverse au cours de cette période. Deuxièmement, tout en décrivant ces prises en charges, déclinées au singulier, vous mettrez l’accent sur le réel en jeu au cours de cette période qui va de l’enfance à puberté et à l’adolescence. Vos vignettes cliniques rendent compte de ces effets et du travail particulier du sujet psychotique pour y répondre. La maturation du corps, rencontre avec la sexualité et donc l’autre sexe, le passage de la pensée à l’acte ; l’actualisation du désir, peut déstabiliser un sujet déjà fragilisé dans son assise et contribuer au déclenchement d’une psychose.
Une question que j’aimerais vous poser une fois vos exposés terminés, serait la suivante : existe-t-il, selon vous, une clinique différentielle de la psychose, je veux dire qu’elle incidence, donnez-vous à la puberté dans des processus pathologiques qui commencent pendant l’enfance ? Cette question que je traduis est celle du public qui nous accompagne ce soir ; j’ai été contacté par plusieurs personnes avant cette soirée, on me téléphonait en me demandant des infos sur la soirée consacrée à l’adolescence. J’ai envie de leur répondre à ma manière, l’adolescence n’est pas en soi un phénomène homogène, l’étirement de la vie obéit au vaste domaine des conventions historiques, sociales, etc ; depuis il n’y a pas si longtemps, l’âge de l’adolescence et du troisième âge ne cessent d’augmenter ; à l’heure actuelle ceux qu’on considère comme de jeunes adolescents se situent entre quatorze et vingt quatre ans ; le titre de la soirée explique bien mes propos ; si nous avons proposé le titre de « le symptôme, de la puberté à l’adolescence », nous voulions mettre l’accent sur ce point, ce qui compte c’est décliner le symptôme, de le décliner dans une logique de discours, du sujet qui traverse cette âge et non pas comme une simple étape du développement biologique.
Freud comparait la métamorphose de la puberté au fait de percer un tunnel de deux côté à la fois : d’une extrémité on perce l’autorité, le savoir, la consistance de l’Autre, et de l’autre est percé le vécu intime du corps. Du coup, construire un tunnel c’est aussi le traverser ; l’issue dépendra de la localisation du trou qui affecte le savoir, et en particulier celui qui concerne la jouissance. Dans ce trajet de la vie, le sujet n’est pas sans l’Autre, qu’il s’agisse des parents dont il faut se distancer, les enseignants, qu’il faut mettre au défi du savoir ; il y a également l’institution et dans celle-ci les psy. Les réponses, la position de l’adulte qui viennent ou non, valider ou non, la fonction de l’autre, acquièrent une importance particulière pour permettre à ce sujet, de sortir de ce tunnel. Freud décrivait cet état de passage, comme étant un moment de réveil touchant à la sexualité après la période de latence ; ce n’est donc pas le terme de crise qui me semble pertinent, après tout, le sujet peut être en crise toute sa vie, elle n’est pas spécifique au passage adolescent ; vaut mieux repérer le symptôme dans une logique du discours, au moment où le sujet doit se situer comme « désirant » au regard du réveil pulsionnel qui traverse son corps pendant la puberté. Au moment où il perce le savoir et l’autorité. A ces nouvelles exigences du percement du tunnel de deux cotés, répond le temps logique de l’initiation sexuelle, de la rencontre avec la jouissance sexuelle. Je cite le psychanalyste, Alexandre Stevens qui propose de considérer l’adolescence comme symptôme de la puberté. (comme modalité de jouissance de l’inconscient) L’adolescence constitue dès lors la série des réponses possibles, bonnes ou mauvaises, réussies ou ratées à ce surgissement d’un réel qui débute à la puberté ; ce soir nous nous rencontrons entre adultes, au moins en âge ; nous parlons aisément du ratage, nous le théorisons, mais quand on débute dans la vie, le ratage fait mal, le sujet se trouve ainsi confronté, dans une dialectique avec l’Autre à sa possible inconsistance, il va rompre avec cet autre, ou l’autre va rompre avec lui, de cette terrible découverte, surgit la rupture et va de pair avec le désarroi, le sentiment d’abandon, d’où l’errance, le suicide ; bref, ce parcours peut prendre une dimension traumatique et angoissante, une crise du désir, de la jouissance, de la vie, avec pour conséquence ultime, la névrose, la psychose, le passage à l’acte, la mort.
Mais gardons l’espoir que ce percement du tunnel puisse s’accompagner d’une construction subjective mettant en jeu l’éminence de l’inconscient, du rêve ; car pour s’éveiller au printemps de la rencontre de l’autre, le jeune sujet a besoin de rêver, c’est-à-dire que la rencontre ne peut s’opérer dans le réel que si le sujet élève le rapport à l’autre, le rapport sexuel, au niveau de l’inconscient, comme énigme, dans un cadre qui prête au fantasme. C’est le temps du voile. Le travail qu’il accomplit avec les thérapeutes aura pour objectif de se représenter l’autre, l’autre sexuel, dans une scène où il peut s’inclure. La deuxième étape, sera la sienne, celle de la rencontre avec les vicissitudes de la vie affective et sexuelle, de l’inexistence structurale du rapport sexuel comme expérience qui fait trauma pour tout sujet. Dans cette deuxième étape se croise la première puisque dans la relation sexuelle la jouissance est irréductible et ne fait pas rapport. Mais ce « il n’y a pas de rapport sexuel » est en lien structurel avec le premier temps, au cours du quel, dans le rêve, comme l’amour, le rapport sexuel existe, servant de voile inconscient au trou du non rapport. Le travail que les jeunes font avec les thérapeutes a pour objectif de croiser dialectiquement le temps du voile et le temps du trauma, c’est dans cette invention singulière que le jeune sujet va desserrer l’étau de son tunnel.
Pour finir, je dirais un mot sur les travaux de ce soir ; vous allez rencontrer des expériences issues de la pratique en institution, une fois passée la période aigüe de décompensation, il faut penser à la suite, il faut recréer d’autres nouages, sur la base de ce qui a été déstabilisateur pour le sujet. Je veux dire que le pari des cliniciennes que nous avons invité ce soir consistera à nous faire part d’une stratégie qui vise à sortir de la perspective qu’on développe habituellement comme quoi avec la psychose on ne peut être que dans le champ de l’application et des thérapies de soutien, dans l’utilitaire, votre idée est que « seul ce que le psychotique est appelé à découvrir sur le défaut de l’Autre, (dans l’expérience, où le contraint le désir du thérapeute), peut contrabalancer la certitude psychotique s’il parvient à nous le transmettre selon une certaine logique » ; d’où plusieurs temporalités en jeu, que je formalise à partir de votre clinique. Au fond, ces jeunes rentrent dans le travail analytique pour y produire du savoir dont il peut se soutenir dans son rapport au trou du symbolique, à la place où la certitude délirante servait de bouche trou. Bien sûr le rapport au savoir n’est pas le même qu’à avec la névrose. Le psychotique ne suppose pas un savoir à son thérapeute, c’est lui qui sait et il s’agit d’un savoir qui se veut non troué, infaillible et fondé. Avec le psychotique le thérapeute soutient une position d’Autre manquant, de docte ignorance. Instruisez nous de votre docte ignorance. Le psychotique rencontre un autre qui ne peut savoir que ce qui est dit mais qui suppose qu’il y a de la vérité inscrite dans ce qu’il n’a vécu jusqu’alors que sous le mode de l’aliénation et de l’agression. Il y a une vérité un savoir inscrit dans le réel de l’expérience. Et c’est à cette supposition que le jeune répond convié à prendre le risque de la parole adressée à un autre, ne sachant dans un premier temps ce qu’il engage dans cette parole.
Dans ces courtes vignettes, vous mesurerez les avancées de la clinique, chez Serena Guttadauro, cela sera la l’accueil des plaintes de sa patiente, qui signifie la possibilité de venir appareiller la jouissance du sujet par le langage ; par la plainte, la jeune Louise, mettra une distance avec l’Autre, cela sera une façon pour elle, de créer un symptôme, lui permettant de s’inscrire socialement.

Marina Rymar mettra l’accent sur le chemin qui mène de l’écoute du discours à l’interprétation. Il faut entendre les signifiants du sujet, Chez, l’angoisse, les idées suicidaires ; la difficulté initiale à donner une signification, cela produit des effets, les changements physiques sont vécus par Rita comme un « trop » dans le corps ; d’où le déchaînement du signifiant et la délocalisation de la jouissance, Rita va grossir. Dans la rencontre avec sa thérapeute, Rita, va identifier un certain nombre de signifiants (maître) qui vont freiner l’hémorragie signifiante, au trop, à l’inutile, cela sera, le « je ne vous laisse pas tomber ». il arrive donc qu’émerge un quelque chose qui est le germe d’une valeur et d’une signification objective (inutile). Grace au dégagement d’une énigme, (je ne vous laisse pas tombrer) le sujet va parfois trouver l’apaisement de son angoisse et pourquoi, peut être chez Rita nous assistons à l’invention d’une suppléance symtômatique.

Enfin, chez Tahra Moulay, deux parties, d’abord un extrait du film : Donnie Darko, et ensuite une brève vignette, le cas de Medhi, qui vient illustrer comment se met en place un « soin sur mesure », ce jeune homme participe à plusieurs ateliers, mais ce qui est important à souligner c’est qu’il ne s’agit pas d’un acharnement thérapeutique ; ici nous avons plutôt à un dispositif qui s’adapte à lui, la constitution d’un espace intermédiaire, en posant, cette exigence du thérapeutique de la limite du corps, l’exigence des mots, la symbolisation, et l’illusion dans le théâtre, bref il ne s’agit pas que Medhi réponde au désir du thérapeute, mais qu’il prenne lui-même le relais de ce désir de savoir que supportait son thérapeute dans un premier temps, pour travailler à la production d’un nouveau savoir qui ne soit plus commandé par l’injonction des voix et l’imaginaire mais bien par la logique du signifiant. En réclamant du psychotique qu’il parle comme l’illustrait la vignette de Marina, qu’il fasse passer par la parole ce que le délire mettait en scène par ce que hors discours, en exigeant qu’il raconte le moment de déclenchement de la psychose, le délire élaboré, le contenu de ses voix, et surtout en réclament, en obtenant cet envie, le thérapeute requiert le signifiant dans son rapport au défaut du langage.

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