Association de Psychologues Cliniciens d'Orientation Freudienne

Le filicide comme point d’arrêt transgénérationnel

Le filicide comme point d’arrêt transgénérationnel

 

Nathalie LONGUET et Silvia RICO

 

 

 

 

 

Introduction

 

Le lien père/fils est plus fragile que le lien mère/fils qui présente plus d’évidence du fait de l’accouchement. Le père est normalement introduit par la mère dans la dyade mère-enfant, dans ses trois dimensions : réel, symbolique et imaginaire. La fonction paternelle n’est donc pas donnée d’emblée, le père étant introduit comme objet du désir de la mère, conduisant à l’avènement de la castration symbolique, soit un accès au monde de la subjectivité, du désir. De ce nouage de la jouissance et de la loi viendra le renoncement pour l’enfant de vouloir être le phallus de sa mère. Le père aura à accompagner l’enfant dans ce renoncement et à renforcer son principe de réalité, il se doit aussi d’être porteur de l’interdit concernant la violence, ce qui implique que lui-même ait une attitude non violente et apaisante qui puisse servir de modèle. Ceci sous-entend, bien sûr, que cette personne elle-même se réfère à la loi et non à la force. Il doit se montrer suffisamment bon et gratifiant pour compenser les frustrations qu’il impose et ainsi permettre à son fils de s’identifier à lui.

 

La réalité du lien biologique ne suffit pas à créer un lien de filiation. Pour devenir parent, il faut pouvoir s’identifier à une figure parentale « suffisamment bonne ». Ainsi, la transmission peut apparaître comme le corollaire de la filiation. Chaque sujet devra se constituer avec ce qui lui est transmis, composant avec son histoire et sa préhistoire.

 

Ce que nous allons voir aujourd’hui est un des pires ratés de la fonction paternelle puisqu’il s’agit du filicide, du meurtre du fils par son père. Jacques Bril, qui a écrit sur le sujet, met l’accent sur le principe d’ambivalence de l’amour paternel, le fils représentant à la fois ce concurrent œdipien qui désirerait sa mort, mais aussi le garant généalogique de sa survie… Penser à sa survie implique dans le même temps la promesse de la mort. L’amour paternel se voit dès lors « piégé par le dépit » dira l’auteur. Le filicide pourrait ainsi représenter le meurtre des meurtres dans la mesure où il s’agit de s’attaquer au futur, voire de tuer le futur. Naturellement comme culturellement, nous avons des enfants pour nous prolonger. L’enfant est porteur du narcissisme de ses parents. Il est porteur du nom du père et est censé prolonger la lignée. Ce fantasme de meurtre serait d’après l’auteur bien plus marqué par la culpabilité inconsciente et par l’insupportable conduisant au déni, que le forfait d’Œdipe sur son père Laïos.

 

Dans le petit nombre de romans ou de pièces écrites sur le thème du filicide, il est souvent question d’une malédiction à laquelle le meurtre du fils vient mettre fin. On retrouve parfois un rapproché mère/fils, une « étrange complicité », ce qui nous ramène à l’idée du rival œdipien. Jean-Yves Chagnon, nous dira, quant à lui, que plusieurs générations seraient nécessaires pour « produire » un criminel, « dont le passage à l’acte revêt des fonctions qui dépassent largement la portée du seul auteur ». Ce dernier, qui a travaillé sur le traumatisme et la transmission transgénérationnelle, postule que certains crimes familiaux seraient le produit de l’histoire et de la problématique familiale que le sujet répète à son insu. Ainsi, le filicide est rendu possible parce que la filiation (ascendants et descendants) comme la paternité n’ont pas trouvé à s’inscrire chez le sujet. La violence meurtrière apparaît alors comme un héritage de vécus traumatiques et de violences familiales. En effet, le transmis intrapsychique est toujours lacunaire. Il en va ainsi des traumas : face à l’insupportable, le sujet s’est absenté (Comme S. Ferenczi a brillamment pu le montrer), la représentation manque. Le traumatisme ne se transmet pas à proprement parler, mais se déplace, il réactive les émotions et les paniques.

 

Qu’en est-il dans la réalité ?

 

Les faits-divers regorgent de pères infanticides tuant leurs enfants, se tuant parfois après alors que leur femme venait de les quitter. Paul Bensussan, expert psychiatre spécialiste des affaires d’infanticide, décrit un scénario qui se répète : une séparation conflictuelle, un père qui tue son ou ses enfants. On ne retrouverait pas aussi souvent que lorsqu’il s’agit de mères infanticides, de pathologie mentale dans les infanticides commis par les pères mais plutôt des troubles de la personnalité et un contexte d’abandon. Il décrit des hommes dépendants affectivement, immatures, à l’orgueil démesuré et analyse le filicide comme un acte punitif destiné à faire souffrir la mère. Tel ce père de famille de 63 ans qui se suicide avec ses deux enfants de 4 et 5 ans dans un accident de voiture et qui n’aurait pas supporté que sa femme le quitte. Il avait déjà été condamné pour infanticide 20 ans plus tôt (condamné à 15 ans de réclusion criminelle), il avait incendié son pavillon dans lequel se trouvait son ex-femme et ses enfants. Le plus jeune de ses enfants n’avait pas survécu. Tel, également, cet autre père qui avait égorgé ses deux enfants de 5 et 10 ans au cours du premier weekend de garde après la séparation du couple. Tel encore le suicide de cet homme en prison, accusé d’avoir tué ses deux enfants de 18 mois et de 3 ans, par pendaison. Il venait de se séparer de sa femme. Il y a aussi l’histoire de Rémi, 23 ans, proche de notre première vignette clinique : il a tué son fils de 5 semaines parce qu’il faisait trop de bruit alors qu’il jouait à la console. La mort a été occasionnée par les mauvais traitements : frappé, secoué, passé sous l’eau froide… Au procès, on raconte que Rémi avait été séparé de son frère à 4 ans, placé en familles d’accueil et en foyers. Il n’a jamais su l’identité de son père. Il exprimera « avec tout ce que j’entends, on dirait que je n’existe pas dans sa famille, ça fait mal ».

 

Qu’en est-il dans la clinique ?

 

Il m’a été donné de suivre deux patients filicides, présents dans le même temps au Centre Pénitentiaire de Château-Thierry. J’ai suivi le premier une année, l’autre deux années.

 

Au regard de la clinique, nous poserons comme hypothèse que le filicide n’est pas toujours une vengeance contre la femme qui abandonne, comme le décrit Paul Bensussan, ou qu’en tout cas, il ne s’agit pas que de ça… Il n’est pas non plus qu’un déplacement transgénérationnel du traumatisme, mais il s’agit aussi d’un point d’arrêt, d’un refus de la transmission transgénérationnelle, quelque chose de l’ordre de l’impossibilité d’être père. D’après François-David Camps, dans un texte traitant du crime et de la psychose, l’acte meurtrier peut être une tentative de régulation d’une impasse de la subjectivité, en particulier une solution face à une angoisse de perte et à un défaut d’inscription dans la filiation qui menace une fragile économie objectale narcissique et identitaire. Nous allons voir comment les aménagements identitaires fragiles tels que « faire le père », peuvent s’effondrer et se résoudre dramatiquement.

 

1ère vignette clinique : CHRISTOPHE

 

Christophe avait 36 ans au moment de notre rencontre. Il était incarcéré depuis 15 ans, condamné à la perpétuité pour le meurtre de son fils, âgé alors de 2 ans. Christophe avait 21 ans au moment des faits.

 

Cette première vignette clinique va nous éclairer sur le fait de « faire le père », de la question de la fonction paternelle et de sa transmission, ou plutôt de son impossible transmission qui conduit au fourvoiement d’une position paternelle en creux. Etre père, ou plutôt faire le père, singer le père, devient une solution par laquelle le sujet tente de résoudre sa problématique psychique. Qu’est-ce que ça veut dire de vouloir faire le père lorsqu’on est un père maltraitant dont les coups, les brûlures de cigarettes, conduiront à la mort ?

 

L’homme dont il porte le nom n’est pas son père biologique, Christophe l’apprendra à l’adolescence. Il ne sait rien de son père biologique, pas même son nom. Christophe avait 10 ans quand ses parents ont divorcé, sa mère avait rencontré un autre homme, plus jeune, avec lequel elle a trompé son mari. Le divorce aurait été déstabilisant. Il décrira son « père », celui dont il porte le nom, comme un homme travailleur, stricte sur l’éducation. Il semblerait qu’il aurait pu le violenter (d’après l’expertise psychologique), mais sans que nous puissions en savoir plus. Il travaillait pour la ville, dans la sécurité. Sa mère était femme au foyer, elle travaillerait aujourd’hui en tant qu’aide-soignante. Il la décrit comme plus femme que mère, dans la séduction avec les autres hommes, il la compare à une « pute » ou à une « chienne ». Elle a quitté son mari pour un homme plus jeune. Il raconte qu’il entendait leurs ébats sexuels, comme si elle voulait le faire participer. Il lui reproche de n’avoir jamais perçu sa difficulté à comprendre le monde autour de lui. Il se sentait seul, pas accompagné par ses parents, ni sur le plan scolaire, ni sur le plan affectif. Il raconte que dans le même temps et de façon paradoxale, sa curiosité était brimée par sa mère. Il aurait été décrit comme un enfant inadapté, avec, je le cite, « des problèmes de discernement sur la réalité». Son enfance est marquée par la bizarrerie. Il avait l’impression de ne pas être à sa place (et pour cause, on lui avait caché que son père n’était pas son père biologique). Il décrit une relation positive avec son grand-père qui aurait été militaire (il évoque l’école de St Cyr, la tradition). Il lui est impossible de donner des âges aux personnes de sa famille, de dire si son grand-père est le père de sa mère ou de son père. Il n’y a pas d’inscription dans la lignée, tout est indifférencié. On est bien avant l’Œdipe et son organisation. Le fait de ne pas connaître l’identité de son père ne lui a pas permis de s’inscrire dans la lignée familiale, comme s’il n’était pas né. Ses interrogations tournent autour de l’identité de son père qui l’empêchera de devenir père à son tour.

 

Il rapporte que très tôt, vers 4/5 ans, il a commencé à voir des chiffres, des suites binaires, qui s’imposaient à lui, il ne comprenait pas les autres, ce qui l’entourait. Il se serait « éteint », son esprit n’était plus là. Son grand-père l’aurait « rallumé », en l’aidant à donner du sens à ces chiffres. Son grand-père lui aurait appris des protocoles pour faire face à des situations, en d’autres termes, il lui aurait donné des repères pour comprendre, à minima, le monde environnant énigmatique. Ce langage binaire nous apparaît comme une métaphore de l’impossibilité d’accéder à l’Œdipe, à la triangulation, il n’est pas arrivé au troisième terme, il n’y a que la dyade comme possible.

 

Il avait une relation privilégiée avec une voisine, amie de sa mère, avec laquelle il aurait eu ses premiers rapports sexuels, qui lui aurait appris la vérité sur son père. Il dira de cette femme qu’elle lui autorisait ce dont il avait envie, en lui posant des limites (c’est ce qu’il dit attendre d’une femme). Elle était son pare-excitation alors que lui débordait, elle arrivait à canaliser tout ça et à l’ordonner. Autrement dit, elle organisait le chaos interne et externe. Son adolescence et sa vie de jeune adulte semblent avoir été marquées par l’hyperactivité et les comportements psychopathiques. Son rapport aux femmes n’est pas simple, il évoque la nécessité pour lui d’avoir une femme à ses côtés, « ça me rassure ». Il existe une grande dépendance par rapport à elles, la recherche d’une relation d’étayage. L’image de la femme est clivée : il y a la maman et la putain.

 

En ce qui concerne la mère de son fils, il nous dira qu’elle lui courait après, il dit avoir toujours été ambivalent quant à cette relation à cause de sa couleur de peau. Il avait alors une petite amie qui faisait des études et n’avait pas le droit de sortir, ce qu’il donne comme raison de son infidélité. Non seulement il trahissait se petite amie d’alors en la trompant, mais aussi, et surtout, il trahissait la tradition familiale (ou ce qu’il pense être ladite tradition). Dans sa famille, on a des valeurs, on ne se mélange pas. « Pour moi, c’était une pute (mot qu’il avait utilisé pour qualifier sa mère), une chienne ». Elle est tombée enceinte sans qu’il le sache et a gardé l’enfant. Son beau-père lui a appris, sur le ton de la moquerie, alors que l’enfant avait 1 an et demi. Il était important pour lui d’assumer son rôle de père : il l’a retrouvée et ils se sont installés ensemble. « Je me suis accroché à elle pour assumer ma responsabilité, ma paternité et à la minute où plus rien n’allait parce qu’elle voulait d’autres horizons (il évoque ses absences sans pouvoir en dire plus), je n’ai pas su ou pu distinguer la réalité que je ne sais toujours pas expliquer ». C’est ainsi qu’il parlera de l’acte meurtrier : « J’ai tué mon fils pour ne pas perdre la raison ».

 

Il évoque une angoisse du néant, du vide, de rien, de la mort, à laquelle le renvoyait l’existence de son fils. C’était comme « se retrouver devant un précipice ». Il se sentait oppressé, il s’est mis à faire mal à son fils lorsqu’il était seul avec lui (livré à lui-même comme lorsqu’il était enfant, laissé seul et sans repères par sa mère). Il ne se souvient plus des coups finaux, il s’était comme absenté de lui-même. Dans une expertise, il emploiera l’expression, « marquer le coup », il fallait que quelqu’un paie pour cet enfant qu’il n’avait pas désiré et qui lui avait fait renoncer à sa vie marginale pour cette vie de « famille » qui ne lui convenait pas. On peut déjà voir cette maltraitance comme un moyen de régler ses comptes avec son père inexistant, ou plutôt « non existant ». Le refus d’être père s’exprime alors en supprimant celui par lequel la paternité arrive. Mais aussi, on peut se demander dans quelle mesure cet enfant n’était pas devenu un rival œdipien, celui qui pourrait prendre sa place auprès de la mère, un rival haïssable, auquel on peut donner la mort. Le sentiment de haine est ce qui fixe la limite entre ce qui doit être reconnu et l’irreprésentable. C’est l’Autre, méconnu en nous. La projection de cet irreprésentable sur un objet externe – ce fils désinvesti – a pu pousser au meurtre, qui vient abolir la transmission. Plutôt que rival d’ailleurs ce qui impliquerait une existence de cet enfant à part entière, nous pensons plutôt que le meurtre vient symboliser cet enfant qui n’a pas de place, n’a pas été reconnu (comme lui ne l’avait pas été par son père).

 

La prise en charge psychothérapique de Christophe a été marquée dès le début par l’ambivalence et la peur d’être abandonné. Au fur et à mesure du suivi, il pourra me comparer à une mère suffisamment bonne, posant des limites tout en restant bienveillante.

 

Lorsque je lui demande ce qu’il ressent pour sa mère, il me dira « j’ai envie de faire l’amour avec elle ». On peut penser que lorsque sa mère a trompé son père puis que ses parents ont divorcé, plus rien n’est venu faire tiers entre Christophe et sa mère. Elle est devenue une femme sexuée, désirable, remettant au premier plan psychique chez Christophe les fantasmes incestueux sous-jacents œdipiens. Cette femme est celle qui empêche la rencontre avec le père : non seulement elle quitte celui qu’il pense être son père, mais elle ne lui a jamais dit qu’il n’était pas son père. Il ne sait rien de son père biologique. Dans ce schéma, son fils est vécu inconsciemment, par projection, comme un rival à éliminer pour garder la femme dont il jouit, la mère incestueuse, « la chienne ».

 

Christophe a beaucoup écrit, y étant incité, au cours de notre prise en charge. Il y a décrit le manque de tendresse de la part de sa mère, dans son enfance, la froideur, l’absence de réconfort, utilisant de nombreux néologismes ou faisant un mésusage des mots leur donnant parfois un sens poétique. Lors du suivi, il a également été question de son rapport au temps, auquel nous avons donné un nom : « l’hyper-présent » dont il dit retirer sa force, n’ayant par peur de l’avenir, et n’ayant pas de passé et donc pas d’histoire. Comme nous l’avons souligné auparavant, Christophe est coupé de la transmission, incapable de se repérer dans son génogramme, incapable de donner un âge aux membres de sa famille. Sa condamnation à la perpétuité peut-être une métaphore de cet arrêt du temps, résultat d’un acte dont le sens peut aussi être celui d’hypothéquer le futur.

 

II – Deuxième vignette clinique : PATRICE, 45 ans

 

Patrice a été transféré au Centre Pénitentiaire de Château-Thierry à cause de mutilations qu’il s’infligeait, il s’était coupé les jambes avec une lame de rasoir à plusieurs reprises, « je me dégoûtais, je voulais qu’on s’occupe de moi ». Ce sont les mêmes termes qu’il emploiera lorsqu’il évoquera le meurtre de son fils, « je voulais qu’on me prenne en charge, qu’on vienne s’occuper de moi ». Il a été condamné à une lourde peine pour le meurtre de son fils de 6 ans. Il était kinésithérapeute avant d’entrer en prison, bien inséré socialement, à la différence de Christophe.

 

1 – Anamnèse

 

Patrice a failli mourir à la naissance, étranglé par le cordon ombilical de son frère. Il n’avait pas été repéré que sa mère attendait des jumeaux. Lorsque la sage-femme s’en est rendue compte, son frère serait arrivé un quart d’heure après, Patrice a été placé en urgence dans une couveuse afin de mettre au monde son jumeau. Une mauvaise manipulation a coupé l’oxygène de la couveuse. Le nourrisson aurait beaucoup pleuré, beaucoup crié jusqu’à faire une hernie étranglée. Il a perdu un œil et aura des problèmes de vue avec le second pendant toute sa vie. Ses premières années ont été rythmées par la douleur et les hospitalisations. Il raconte que son père s’est occupé de lui alors que sa mère s’occupait de son frère jumeau : il n’y a pas eu de triangulation, mais deux dyades, père/fils, mère/fils. Jusqu’en CM1, il a été dans une classe unique avec son frère et était bon élève. En CM2, il a été envoyé à plus de 600 km de chez lui, dans un établissement spécialisé pour les jeunes aveugles et là, annonce-t-il, « c’est la débâcle », il se sent abandonné. Sa mère n’est jamais allée le voir. Son père passait lorsqu’il le pouvait. Il passait ses week-ends à l’institut. Il se rappelle les dortoirs froids et impersonnels, le manque d’affection. Il était souvent mis à part. Il évoque la peur des autres, son frère le protégeait lorsqu’ils allaient à l’école ensemble. Il évoque également un sentiment de vide, il pouvait rester « accroché » toute une journée à sa petite voiture ou à ses légos. Il a ensuite été envoyé dans un autre établissement où les aveugles et les déficients mentaux étaient mélangés. Il se décrit comme le « valet de vomi des plus grands qui s’alcoolisaient ». Il est alors confronté à la violence, à la maltraitance, et toujours à l’absence de chaleur humaine.

 

Patrice décrit un clivage s’effectuer en lui, la naissance d’un « double Patrice », pour se protéger. Il a fait une tentative de suicide à l’âge de 20 ans, « pour fuir mon père, il était trop pressant, il calculait tout, il voulait que je sois normal, voyant… », « ma vie a été son cheval de bataille, pour lui je suis un œil ». Puis il dira de son père, « c’est un pantin, il m’a laissé prendre sa place auprès de ma mère ». Après, il y a eu une période d’errance pendant 2 ans environ. Il vivait avec sa sœur à plusieurs kilomètres de chez leurs parents qui leur payaient l’appartement. Il passait ses après-midi au cinéma, faisait des accès de boulimie pour calmer ses angoisses. Il raconte un monde fait de marche et de rêveries. Sa sœur était souvent absente, peut-être fuyait-elle un frère inquiétant. Un psychiatre l’aurait alors diagnostiqué cyclothymique et l’aurait aidé à reprendre sa formation de kinésithérapeute, ce qui lui a permis d’avoir son diplôme et de s’insérer socialement.

 

2 – Environnement – Histoire familiale

 

L’histoire familiale est marquée par la mort, « une malédiction », ses grands-parents maternels ont perdu une fille de 6 ans, ils ne s’en seraient jamais remis. Il s’agissait de leur premier enfant. Sa mère est née après ce décès, et n’aurait jamais été investie affectivement par ses parents. Cet impossible investissement affectif, résultat d’un deuil impossible, se répèterait de génération en génération d’après Patrice.

 

Il décrit son père comme un homme introverti qui pouvait avoir de fortes colères. Il se serait marié pour tenter d’échapper à l’emprise de sa mère qui était une marâtre. Il se souvient qu’un jour, lorsqu’il était enfant, parce qu’il faisait du bruit, son père s’est mis en colère et lui a cassé la jambe sans le vouloir. Il en aurait nourri un fort sentiment de culpabilité qui aurait conditionné ses comportements futurs à son égard. Son père était routier, « il a toujours douté de lui, il avait des modèles mécaniques du fonctionnement humain, il avait des principes qui lui servaient de base ». Patrice rapporte qu’il en avait très peur « il aurait pu me tuer ». Il s’agit là du père de la horde primitive qui a le droit de vie et de mort sur ses enfants. « Mon père m’a toujours téléguidé, il s’est servi de mon handicap, m’a réduit à ça, pour trouver des professionnels et ne pas s’investir dans la relation ». Son père ne l’a pas soumis à la loi de la castration. Il reproche à son père de ne pas l’avoir aidé à être en relation avec le réel.

 

Sa mère était professeur de biologie au Lycée, elle était toujours occupée et préoccupée par son travail, au détriment de son rôle de mère. Elle disait que l’amour n’existait pas, seule l’éducation était importante. Il pense qu’elle ne voulait pas avoir d’enfants et que peut-être son père l’y aurait contrainte, soucieux de l’image sociale. « J’ai souvent appelé au secours ma mère », Patrice semble avoir souffert du manque de pérennité d’un objet bienveillant. « On n’a jamais existé pour notre mère ». « En plus de n’avoir mis aucune limite, mes parents m’ont laissé me construire par défaussement ». « Pour ma mère, je n’ai pas existé, par mon père j’étais étouffé ».

 

Les femmes qui l’attirent sont rassurantes, il est à la recherche de points de repère, d’un point d’ancrage. Lorsqu’il rompait, il retournait vivre chez ses parents. Ainsi, il s’éloigne de sa famille pendant un temps, mais ça ne dure pas… « Je suis sorti de ma mère, mais je n’ai pas coupé le cordon » commentera-t-il. Patrice évoque des éléments étranges dans son travail qui l’ont amené à consulter, le besoin de serrer ses patientes âgées dans ses bras, il lui arrivait alors d’éjaculer, « j’étais submergé par ça ». Il se demande aujourd’hui ce que ces femmes ont pu vivre lorsqu’il les serrait ainsi dans ses bras, « peut-être pour elles étais-je comme un fils malade ». Son psychologue avait fait état d’un « désir de posséder sa mère », ça l’avait soulagé et les compulsions avaient diminuées : « Je tenais ces femmes dans mes bras pour les posséder, je sens que je me suis arrêté là, j’ai 3 ans de développement affectif ». Il pense qu’il a fait du mal aux femmes avec lesquelles il a été. Il aurait effrayé sa première partenaire lors de leur premier rapport sexuel. Il aurait fait décompenser sa première petite amie qu’il avait faite avorter. Il s’agissait d’une stagiaire : « elle était aussi perdue que moi », « une fois de plus, j’ai poignardé » commentera-t-il.

 

De sa relation avec la mère de ses enfants, il dit qu’il a été séduit non par elle mais par son fils qui avait alors 4 ans. Il était touché par ce garçon. Il se reconnaissait dans cet enfant perdu qu’il souhaitait « sauver ». Il s’agit d’une relation spéculaire dans laquelle il est identifié à cet enfant. Il a choisi non pas la femme, mais la mère, souhaitant réparer son fils pour se réparer lui-même, son fils non investi par sa mère comme lui-même ne l’avait pas été par la sienne. Sa compagne aurait subi des violences sexuelles intrafamiliales, « elle a été vandalisée ». Il pense que de ce fait, il était difficile pour elle d’investir ses fils. Elle n’aurait par exemple pas pu les nourrir au sein. De leur relation, il dira qu’ils vivaient l’un à côté de l’autre sans vraiment partager leur vie. L’autre restant hors de portée. Il était très ritualisé, il n’existait aucune spontanéité, par exemple, les relations sexuelles, c’était le samedi. De leur union sont nés un garçon puis une fille. Quand sa femme a accouché de sa fille, les choses étaient différentes, elle l’a nourrie au sein. Elle a imposé à Patrice une abstinence sexuelle de 6 mois. Il dit que ça l’a mis en colère. Il a eu deux maîtresses. Il dira cependant qu’elle lui avait permis de mettre de la distance avec ses parents. D’ailleurs, sur son impulsion, la famille avait pour projet d’aller s’installer à plus de 700 km, dans une grande ville du nord de la France. « Elle a fait sa vie, son mariage, ses enfants… Ma place était celle de financier, de m’occuper des enfants », « elle était la reine ». Il se décrit jouer le rôle du père sans l’incarner, satisfaire les besoins matériels sans investissement affectif. Il jouait au père plutôt qu’il ne l’était.

 

Il décrit son fils, qu’il tuera, comme un enfant très angoissé, il commente, « moi, mes parents, mon fils, des générations d’insécures ». Il faisait des colères clastiques (tout comme son père et lui-même). D’après Patrice, il n’était investi par personne. « Mes parents ne m’ont jamais vu comme un père de famille, je suis resté un fils ». L’identification paternelle est barrée, la figure parentale n’ayant pas été « suffisamment bonne » : il cherchera néanmoins à incarner une figure du père, tentant de comprendre ce que c’est qu’être père, mais n’y arrivant que sur un registre stéréotypé, de l’ordre d’une paternité opératoire (comme la pensée opératoire), mimant ce qu’il imagine de la fonction paternelle.

 

3 – Contexte du passage à l’acte

 

Patrice raconte un bouleversement prochain de sa vie qui l’angoissait beaucoup, un déménagement, loin de chez ses parents, qui impliquait la vente de la maison, la cessation de son travail à l’hôpital et à son cabinet ainsi que son embauche dans un plus grand hôpital, anonyme dans cette grande ville à plus de 700 km de la petite ville dans laquelle il vivait et travaillait… Dans laquelle il avait sa place. Autant dire que toute la suppléance qu’il avait réussie à mettre en place, cette imposture, ce faux self qu’il avait construit allaient s’effondrer. C’est le statut du Nom du père : ses biens symboliques (maison, cabinet, imposture) qui disparaissaient, il en allait de son existence.

 

Cette angoisse semble avoir cédé la place à un délire mystique « pendant une semaine, j’ai vu le futur comme jamais », il dit avoir refusé ce futur. Il évoque une « bouffée d’amour », envers sa femme qu’il décrit comme une « dépense d’énergie trop importante » trop violente. Il dit avoir pris peur alors que sa femme était devenue plus sexuée (elle venait de perdre un membre de sa famille et se serait éveillée soudainement), devenant une femme et plus seulement une mère. Il s’est senti « chosifié » dans leur sexualité et dans leurs projets de vie. A partir de ce moment, il aurait vécu le cadre familial comme un étau se refermant sur lui, l’idée se serait imposée à lui qu’il fallait qu’il tue son fils. Cette angoisse a donné lieu à des fugues pathologiques.

 

La première, il est sorti la nuit pour aller sur la tombe de son grand-père, il voulait se rapprocher de lui et de la mort. Son grand-père maternel qui d’après lui avait fini sa vie sans vie, à cause de cette « malédiction familiale ». Il avait le sentiment que son grand-père maternel s’était réincarné en lui, qu’il devait tuer son fils comme la fille de ce dernier était morte à l’âge de 6 ans. Lors de cette fugue, il était comme envoûté par le diable, il se pensait au centre d’un conflit entre le bien et le mal. Une autre fois, la seconde fugue, il a marché dans les bois pendant toute la matinée en laissant un message suicidaire sur la table. Il allait vers la mer (mère), était perdu. Il était étranger à lui-même, « comme un diable, avec une capuche sur la tête ».

 

Il a été hospitalisé en psychiatrie pendant 8 à 9 jours. Il raconte qu’alors, une voix est sortie à l’intérieur de lui, « je vais tuer mon fils », « c’est pas moi qui l’ai dit, c’est sorti comme ça »… Cette hospitalisation l’avait rassuré, il pensait que tout allait redevenir comme avant, mais en fait, plus rien n’était comme avant. Le processus de changement de vie était bel et bien enclenché et aucun retour en arrière n’était possible. Les insomnies ont recommencées, il maigrissait beaucoup, s’était laissé pousser la barbe, devenait inquiétant pour son entourage. La troisième fugue a eu lieu alors que sa femme et lui allaient visiter une maison pour leur déménagement. Il a été pris de panique. Il s’est échappé du train.

 

La veille des faits, il a appelé sa mère au secours, elle l’a renvoyé à sa place de père, ce qui l’a angoissé encore plus. Cette place de père que personne ne lui a jamais vraiment reconnue. Patrice raconte : « ça arrivait que mon fils vienne dans ma chambre parce qu’il avait peur. Je lui faisais une petite place à côté, j’adorais ça jouer le rôle de père ». Faire le père et non être le père, c’est bien de ça dont il s’agit ! Il n’a pu devenir père et ne peut que rester le fils d’un père effrayant, celui de la horde primitive et d’une mère dont l’amour est hors de portée.

 

4 – Le meurtre du fils

 

Cette idée « je vais tuer mon fils » s’était donc imposée à lui. Il l’aurait dit à tout le monde. Il en aurait parlé à plusieurs reprises, à sa femme, à la psychiatre qui le suivait, « personne ne m’a cru ». Le modus operandi se serait mis en place pendant les 4 mois précédant son acte. Sa femme avançait sur leur projet de vie qui le terrorisait, « c’est elle que je voulais retenir, retenir d’avancer ». Avant de passer à l’acte, il a tenté de joindre sa femme qui travaillait de nuit, mais son téléphone était éteint. En parlant de son fils, il dira : « Il a sauté comme un fusible ». Il est allé dans la chambre des enfants, sa fille de deux ans était également présente, elle dormait. Il a d’abord tenté d’étrangler son fils, mais comme ça ne fonctionnait pas, il est allé prendre un couteau de cuisine et lui a planté dans le cœur. Il a rentré les doigts dans la plaie pour vérifier l’absence d’activité cardiaque. La mort a toujours été pour lui une solution aux problèmes nous dira-t-il. D’après lui, toute sa vie a été marquée par la mort. Il voulait se suicider, mais ne l’a pas fait.

 

Il pense que son geste était destiné à sa femme, « pour ne pas qu’elle me quitte ». On pourrait rapprocher cela de l’analyse que fait Paul Bensussan de l’infanticide. Néanmoins, nous pensons qu’ici, il ne s’agit pas de faire payer sa femme. Ce qu’il veut, s’est arrêter tous ces changements pour lui-même. Son désir à elle le sort de sa routine, le sujet est perdu, il est dans l’errance, un état de perplexité très angoissant. Avant l’acte, quelque chose de l’ordre d’un délire mystique était à l’œuvre. Ça a duré 4 ou 5 jours marqués par des bizarreries : « Mon explication est que Dieu a vu que je n’étais pas prêt, il m’a montré le chemin, et moi j’ai refusé tout cet amour. » « Je me perçois comme un enfant capricieux qu’on n’a jamais contraint ». Il interprètera son refus de Dieu par l’orgueil, « je me prends pour Dieu ». Comme Schreber, il se tournera vers une métaphore paternelle plus soutenante : Dieu le Père.

 

C’est l’impossible identification à la figure du père qui rend possible le meurtre de son fils. Ce meurtre lui permet de ne pas être identifié à son propre père, figure d’impuissance. L’acte meurtrier a pour fonction de faire cesser la répétition transgénérationnelle et de se faire poser une limite par la Loi. Il dit s’être senti soulagé lorsque la police est venue le chercher  (après les faits, il a attendu que sa femme rentre du travail, c’est elle qui a appelé la police). Il a pensé qu’enfin on allait s’occuper de lui. Après son arrestation, tous ses propos se terminaient par des pleurs et se rapportaient à sa mère, « elle m’a manqué, c’est sa chaleur qui m’a manqué et me manque toujours ». Autrement dit, il emmène son fils par la mort, car son fils c’est lui-même. Il n’était pas l’objet du désir de sa mère.

 

5 – Suivi – Eléments cliniques

 

Le transfert s’est vite établit avec Patrice, sur un mode adhésif. Sa demande était celle de donner un sens à sa vie, non seulement à son acte, mais aussi à le rendre sujet de son histoire. Il évoque la difficulté pour lui de s’inscrire dans un continuum, dans le temps, la difficulté de se projeter dans l’avenir. Il emploiera souvent cette expression pour parler de la vacuité de son quotidien en prison « j’ai tué la journée ». Il dit avoir toujours vécu « à l’extérieur de soi », soit la projection comme mécanisme de défense face à l’insupportable d’un soi abîmé, anormal, tronqué. « Mon père m’a réduit à un œil ». Cette faille narcissique s’exprimera parfois via un sentiment de toute-puissance, « je me prends pour Dieu », ou bien, « j’ai refusé Dieu parce que je suis orgueilleux ». Dieu nous semble ici être du côté de l’imago paternelle, comme une version du père, comme une recherche désespérée du père symbolique.

 

De son père il dira : « il faut vraiment se prendre pour Dieu pour penser que s’il avait été là à la naissance je ne serais pas handicapé ». Sous les atours de l’Œdipe, Patrice décrit des éléments bien plus primitifs, exprime la crainte voire la terreur que lui inspirait son père, y ajoutant, « c’est pour ça que je voulais prendre sa place, auprès de ma mère, je voulais même coucher avec elle, sentir sa peau contre ma peau, quelque chose de charnel, pas de sexuel ». Il se dit en colère contre son père, « il m’a laissé prendre sa place auprès de ma mère ». Il le présente tantôt comme un pantin, désincarné, tantôt comme le père de la horde primitive. Ce père n’a pu être désigné comme l’objet du désir de sa mère, il n’a pu incarner la fonction paternelle qui lui aurait permis de se construire. La seule « jouissance » repérée et nommée comme telle chez sa mère est celle de transmettre le savoir à ses élèves, ses connaissances, qu’elle n’a pas partagées avec ses propres enfants. Son désir, son plaisir étaient ailleurs.

 

A un moment de la thérapie, Patrick se rebellera contre ses parents qui sont venus le voir au parloir, comme un adolescent en crise, il dira « je veux être traité en homme et plus en enfant handicapé ». Il ajoutera, « dans mon acte il y a ça, on ne m’a jamais considéré comme un père, on ne m’a jamais pris au sérieux ».

 

Lettre à la mère : Il écrira à sa mère en la vouvoyant et en implorant ni sa compassion ou sa pitié, mais son amour. Il lui rappelle que son fils est mort et que plus rien ne peut être comme avant. Dans une autre lettre, il écrira : « ce mal être a sauté de génération en génération, et papa dans tout ça, il m’a toujours fait peur, comme j’effrayais mon fils ».

 

Il pourra dire de son acte, après plusieurs mois de prise en charge : « Quand je pense à mon affaire, c’est une affaire générationnelle. Il n’y avait pas de place pour la génération suivante. Ils n’ont jamais pu me voir en tant que père ». Il explique son acte comme une nécessité de s’incarner via le meurtre dans cette transmission familiale qui apparaît comme vide. Il nous dira confondre son anniversaire avec le jour commémoratif des faits, comme si le meurtre de son fils était sa propre naissance. Son fils est un objet fusionnel, un objet qui se confond avec le sujet. Au fur et à mesure du suivi psychothérapique, il a compris qu’il avait beaucoup de mal à se dissocier de son fils : « je ne sais même pas si mon fils a existé un jour ». Tuer son fils « le suicidait » a-t-il déclaré après les faits. Il a tranché son fils comme on tranche un cordon ombilical.

 

Conclusion

 

Patrice comme Christophe évoquent un manque, un vide affectif laissé par une mère trop distante, « pas suffisamment bonne », ne leur permettant pas de donner un sens aux fantasmes et au monde réel. Le Père et la fonction paternelle a été défaillante chez l’un comme chez l’autre. La mère de Christophe lui refusera l’accès à son père biologique. La mère de Patrice l’aurait livré, abandonné à son père lui-même non investi du phallus, de la fonction paternelle. C’est bien de l’incapacité pour l’un comme pour l’autre d’accéder à cette fonction paternelle que l’acte meurtrier naîtra. L’un et l’autre ne peut être père, et en particulier le père d’un fils qui le renvoie à lui-même. L’un et l’autre parlera de se tuer soi-même en tuant son fils. Le temps est arrêté et la répétition transgénérationnelle également, arrêtée par un appel à la Loi puisque la loi du père (tout comme le Nom du Père) est inexistante.

 

père

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1 – Jacques BRIL. « L’affaire Hildebrand ou le meurtre du fils » PUF 1989 ; p9

 

François-David CAMPS. Un cas de famillicide : crime et psychose. Cairn pour L’Esprit du temps.

 

Jean-Yves CHAGNON. L’évolution psychiatrique – volume 75, numéro 1 – pages 45-59 (janvier 2010).

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