Association de Psychologues Cliniciens d'Orientation Freudienne

« Le travail entre envol maniaque et écrasement mélancolique »-La dépendance hypnotique au travail – 47ème soirée clinique

Michel AMAN

Présentation de mon activité en souffrance au travail

Introduction

Je souhaite vous parler ce soir de la difficulté qu’éprouvent certains salariés, sans antécédents psychiatriques particuliers, à réguler leur investissement au travail. Soumis au stress de la réalité du monde du travail, ils sont pris entre le toujours plus, souvent proche d’un emballement psychique de type maniaque, et le sentiment de ne pas être à la hauteur de la tâche avec un état dépressif qui s’installe, au pire un état mélancolique.

Je partirai d’une observation, autopsie psychologique, car la patiente s’est suicidée au travail. La caractéristique de cette expertise, c’est que cette patiente communiquait beaucoup au quotidien avec sa mère et ses amis à travers des messageries. Nous avons trois ans d’échanges autour de son vécu au travail. L’intérêt de cette observation est que cette patiente a occupé, dans la même entreprise, un premier poste où elle a particulièrement brillé. Elle obtient alors un poste plus prestigieux. En six mois elle va sombrer très vite vers un burn-out, puis un état dépressif majeur suivi du déclanchement d’une maladie auto-immune grave qui peut être rapportée à l’état de stress. Elle est arrêtée trois semaines, en deux jours, lors de la reprise, elle présente alors un état mélancolique et se suicide le quatrième.

Un premier poste où elle s’envole, allant de succès en succès, un autre poste où elle s’écrase en six mois. Cette observation sera l’occasion de vous parler des réactions biologiques au stress chronique selon le type de personnalité et du rôle central du cortisol dans les désordres tant physiques que psychologiques. Un autre intérêt de cette observation est aussi d’étudier les facteurs qui permettent de surmonter le stress ou au contraire ceux qui amènent à l’effondrement. Tout ceci est parfaitement documenté dans ce cas. Enfin je fournirai quelques pistes sur la structure de personnalité et son économie.

Le travail comme élément central de l’économie psychique.

Au-delà de pourvoir aux besoins matériels, le travail participe de la construction du narcissisme, il est aussi au centre de la construction de l’identité sociale comme on peut l’observer par la négative chez les chômeurs de longue durée.

L’acquisition de savoir faire est au centre de l’activité professionnelle. Il comporte un savoir théorique et technique acquis par l’enseignement et un savoir pratique, pragmatique qui s’apprend sur le tas ou par transmission dans le collectif de travail. Face à une tache nouvelle, le sujet doit faire appel à ses ressources, à son ingéniosité afin de trouver le moyen de l’accomplir. Il se met une pression pour trouver la solution. Il se met en stress. En réussissant à accomplir cette tache nouvelle, le sujet découvre des potentialités personnelles qu’il ignorait. Il enrichit son narcissisme. Le stress, dans le cas présent, est le moteur de cet apprentissage. On peut parler de pulsion de mort mise au service du narcissisme. Contraintes, pressions, mise en tension de l’appareil psychique, tout ceci débouche sur un accroissement de son capital narcissique. Une certaine forme de jouissance dans la maitrise et dans la reconnaissance du groupe vient valider sa démarche. Toute la difficulté réside à ce que ce stress, indispensable, ne devienne pas trop intense ou trop permanent car c’est dans ce type de situation que des troubles vont apparaître. De la même façon, il convient que la nature des taches à accomplir ait un sens pour le sujet, que ses efforts ne lui apparaissent pas absurdes (développement sur le travail posté sous contrainte de temps).

Le travail participe aussi de la construction de l’identité sociale. Le savoir-faire et sa reconnaissance par le collectif de travail, d’abord, par l’employeur ensuite, débouche sur une identité de métier. « Je suis ingénieur, biologiste, boulanger ». Le groupe est aussi celui qui juge de la qualité du professionnel. La coopération avec les autres métiers va déboucher sur une identité au travail, élément central de l’identité en général. On distingue l’identité basée sur le être et celle basée sur le faire (à détailler).

Observation

Biographie

Premier poste

Second poste

Chemin causal

Quelques réflexions sur cette personnalité au travail

Organisation du travail et souffrance psychique

Ce qu’on peut tirer partir de l’observation

L’apport de Karazek et de Siegriest

Autonomie

Soutien social

Reconnaissance

Stress, réactions humorales, immunité, psychisme

Le modèle alexothymique

Le modèle habituel du stress chronique

Conclusion

De la métis à l’hubris

Icare

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