Association de Psychologues Cliniciens d'Orientation Freudienne

Le troumatisme à l’adolescence

Le « troumatisme » à l’adolescence

Dario MORALES

Se prendre pour un super héros et « pouvoir agir » à sa guise ; tel serait le leitmotiv des préoccupations et des rêveries à l’adolescence. L’adolescent se passionne par le jeu ; les super héros prennent une place importante dans leur vie jusqu’à s’imaginer en devenir un. Mais dans la vie quotidienne, l’adolescent, fait sous le mode de la « crise », l’expérience souvent douloureuse du détachement du lien – ou de l’autorité (d’abord celle des parents et des enseignants) mais aussi de devoir s’orienter face au trou ouvert dans le réel par la sexualité, ce qui le confronte à un manque dans le savoir qui met en question ses acquis, mais lui fait rencontrer également un indicible, le désir de l’Autre et sa jouissance. C’est dans ce sens que l’on peut qualifier la puberté de véritable « troumatisme ». C’est au cours de ce passage à l’âge adulte que la clinique voit apparaître les symptômes : le mutisme, le suicide, la toxicomanie, mais aussi des actes compulsifs (le jeu, les actes délinquants, etc), dont l’intention est de trouver une inscription dans l’Autre. Inversement, se préparer, sortir vers l’âge adulte suppose « rencontrer une langue ». Ce qui va être en jeu, c’est produire un statut nouveau de l’objet qui puisse permettre au sujet de trouver un objet qui ne soit pas forcément corrélé à son passé oedipien. Pour en fabriquer, il a besoin de s’appuyer sur des objets dits partiels. Les jeux de mots, les « journaux », « les graffiti » sont un témoignage qui en font la preuve. Lorsque les symptômes deviennent gênants, il est envisageable la participation du clinicien qui avisé ne mettra pas l’accent sur l’identification, toujours fragile à l’adolescence, mais plutôt sur l’objet, soutenant cette première étape qu’est la séparation, souvent mythifiée par des cliniciens, alors que le véritable enjeu se situe dans la recherche d’une position désirante qui lui soit propre, au regard du réveil pulsionnel qui affecte son corps. C’est ici que l’espace du jeu peut devenir un outil thérapeutique ; le super héro représente la particularité d’être quelqu’un qui ne dépend pas des autres, c’est quelqu’un qui peut et qui utilise ses parents ou ses proches pour s’engendrer lui-même. A ce titre le super héros est l’étoffe imaginaire du sujet contemporain, « auto-engendré », « autonome ». Les cliniciens invités à cette soirée, témoigneront, à partir de l’expérience au sein des institutions qui accueillent des jeunes adolescents en souffrance, du maniement, de cet outil – le jeu, mis au service d’un désir, d’un choix dégagé des impasses imaginaires et des embûches réelles, permettant au jeune adolescent de retrouver une position subjective dont il pourra ensuite jouir, ou en souffrir, et finalement trouver sa véritable étoffe.

Je voudrais dire un mot de présentation à cette soirée dont le thème est « L’étoffe du sujet adolescent » ; il s’agit de témoigner de la clinique auprès des adolescents dont la pratique nous apprend qu’elle n’est pas une simple somme des manifestations symptomatiques ou d’un répertoire des nouveaux comportements mais une réponse à ce qui fait irruption, à savoir un « faire, un passage vers l’agir », d’ailleurs à distinguer du passage à l’acte. Adulescens, évoque l’idée de passage, de moment, non seulement d’un état à un autre, mais aussi d’une pensée en mutation à un acte. Ce « faire » qui s’inscrit dans un processus d’émancipation, de détachement a une série de fonctions dont l’intention n’échappe pas au clinicien avisé qui est de trouver une nouvelle inscription dans l’Autre. Ces « agirs » sont interprétés, le plus souvent, comme des comportements de transgression ou déterminés par un sentiment de culpabilité ; la clinique nous apprend au contraire, qu’il s’agit plutôt des symptômes ou des troubles de l’inscription dans l’Autre. Or cet Autre, peut prendre plusieurs formes, l’autorité, le savoir, la sexualité. Les symptômes, le plus souvent sont des manifestations de refus vis-à-vis de ces figures, dont la plus importante pour nous cliniciens, malgré le discrédit contemporain de la clinique, est celle du père. De ce point de vue, n’ayons pas honte de nous référer à Freud, la crise du détachement peut être définie comme une crise du père.

Premièrement, dans l’étymologie de « crise » il y a à la fois, « phase décisive » et « décision ». Deuxièmement, dans le détachement se met en évidence l’importance du père. Sans père, pas de détachement. Troisièmement, il faut surtout une « décision » pour « sortir » de la crise et « faire » de la crise une « condition subjective ». Enfin, « crise » et « refus » ne se superposent pas. Le refus peut être un produit de la crise, une façon symptômatique de prolonger la crise ; inversement, le « refus » peut être aussi une tentative de réponse et à ce titre le refus peut « faire du père ».

C’est dans cette configuration que « le social » va acquérir une fonction particulière dans la mesure où il prend le relais – une certaine forme dégradée de la substitution – de la fonction du père. Chez Freud par exemple, il existe une exigence de la société à faire de l’adolescent un adulte, et c’est cette exigence qui permet la séparation. Pour Lacan, c’est plutôt le discours qui régule la jouissance. Dans la société dite de consommation, les objets vont se concurrencer avec des multiples satisfactions nouant des fantasmes et des usages régressifs des objets, qui finissent par saturer l’usage possible de l’objet séparateur pour le sujet. D’où l’idée pour Lacan que l’adolescent est le sujet qui passe de la position infantile de désiré à la position de désirant.

Pour rentrer dans le vif du sujet, un des effets majeur du détachement sur le plan de la métapsychologie, est une reconstitution différente du rapport à l’objet qui prépare à terme la rencontre d’un objet extérieur, partenaire sexuel par exemple, cela vient signifier également que ce n’est plus l’auto-érotisme, le corps propre et que cela ne peut pas être non plus une rencontre purement fantasmée. L’objet est, en effet, ce qui va servir à la séparation du sujet et de l’Autre. Un des effets possibles de ce mouvement, est l’avènement du sujet désirant, car au fond l’adolescent est un sujet qui est convoqué ou plutôt qui peut se proposer comme désirant. De ce point de vue, il ne s’agit pas tant de se séparer de l’objet que d’utiliser un objet « extérieur » pour se séparer de l’Autre. L’enjeu sera donc de produire un nouveau statut de l’objet qui ne soit pas l’objet oedipien passé. L’utilisation de cet objet passe par un certain deuil de l’objet oedipien, comme de l’objet partiel, soit des objets qui existaient auparavant pour le sujet. Pour en produire un, l’adolescent utilise en partie les objets dits prégénitaux, d’où les recherches autour de l’oralité, l’analité, le corps ; d’où les manifestations symptômatiques et parfois pathologiques : anorexie/boulimie, toxicomanies, etc. Lorsque les symptômes deviennent gênants, il est envisageable la participation du clinicien qui avisé ne mettra pas l’accent sur l’identification, toujours fragile à l’adolescence, mais plutôt sur l’objet, soutenant cette première étape qu’est la séparation, souvent mythifiée par des cliniciens, alors que le véritable enjeu se situe dans la recherche d’une position désirante qui lui soit propre, au regard du réveil pulsionnel qui affecte son corps. C’est ici que l’espace du jeu peut devenir un outil thérapeutique ; d’où le détournement de ces productions dégagées des impasses imaginaires et des embûches réelles, permettant au jeune adolescent de retrouver une position subjective dont il pourra ensuite jouir, ou en souffrir, et finalement trouver sa véritable étoffe.

Timothée a mis en évidence l’expression d’une revendication pulsionnelle présente dans l’activité du tageur ; je voudrais insister sur la dimension signifiante : au fond, la relation du sujet au signifiant convoqué ici dans la signature est aussi un rapport d’identification. Il ne s’agit pas à proprement parler d’une nomination (quoique) mais d’une signature, (quoique je trouve après avoir discuté avec Timothée que la signature fait très formelle = inscription qu’une personne fait de son nom – sous une forme particulière et constante pour affirmer l’exactitude, la sincérité d’un écrit ou en assumer la responsabilité) du coup, je pense que cela fait plus penser à l’émergement, signer à la marge, cela me plaît. Autrement dit, le tageur émarge un signifiant qui l’identifie comme sujet comme le dit Anne Tassel, « hors de son nom ». Quel rapport entretient-il avec l’identification ? Dans la mesure où il fait qu’émarger, quelle est son attente dans la relation à l’Autre social ? d’être identifié comme quelqu’un ? Ayant un nom ? une signature, reconnu comme tel ? je crois qu’ici on trace une voie à la clinique au cas par cas..

Il y a dans le texte un passage sur la clinique du nom, le père fait signifier au fils que les « ombres de son lettrage ne sont pas correctes », vision normative mais pleine d’enseignement car justement le fils lui montre son trait différentiel, distinctif…

Le tageur fait le choix de l’identification via la signature ; il y a cependant une autre voie le désir ; c’est vrai qu’à l’heure actuelle l’accent est mis sur l’identification, toujours à renforcer alors qu’ici il faut plutôt œuvrer comme le dit Timothée vers une certaine désidentification et du désir = mise à l’écart du patronyme et le lien avec le père lui permettant de passer de tageur à graffiste.

En quoi est-ce que l’usage du « tag » permettrait-il de se séparer de l’Autre ? On ne sort pas la nuit, préconise l’autorité du père ; ne voit-on pas plutôt l’usage d’un « objet externe » pour se séparer de l’Autre ? cela passe par la bravade de l’objet oedipien ; d’être un objet « gobé » comme objet désiré alors qu’ici il est convoqué dans sa position d’agissant

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