Association de Psychologues Cliniciens d'Orientation Freudienne

Tradition, identification, Les vacillations de l’ordre symbolique

Tradition, identification, Les vacillations de l’ordre symbolique

Dario Morales

Je vais vous présenter quelques idées qui me sont venues en préparant cette soirée à l’initiative de Kevin Poezevara, la violence familiale ordinaire, violence qui suggère les impasses en lien avec l’inscription des sujets dans l’ordre symbolique, mais comme le rappelle Lacan, le symbolique désigne d’une part une structure de signifiants – un ensemble de règles sociales au sens de Lévi Strauss, où le sujet se trouve intégré, et d’autre part, le symbolique désigne la loi qui fonde cet ordre – d’où la notion de père symbolique ou NdP. L’ inscription à l’ordre symbolique s’accompagne d’un certain nombre des vacillations subjectives ; il en ressort des symptômes qui ont des effets de jouissance sur le sujet, sur son inscription signifiante mais aussi sur le corps, j’énumère en vrac, la compulsion, les actes de délinquance, de transgression mais aussi des inhibitions. Mais si l’inscription ne va pas de soi, le rapport au symbolique a également changé, nous assistons ainsi à des modifications, certains diront une dégradation, qui produisent aussi des effets dans la cure. Je vous rassure, cela ne veut pas dire que l’inscription à l’ordre symbolique contemporain n’est pas moins contraignante, ou que l’ordre symbolique ait disparu, je dirais plutôt que nous assistons à la restructuration radicale des structures traditionnelles – par le jeu de deux facteurs combinés que sont le discours de la science et le discours du capitalisme. Les formes organiques de la société traditionnelle, rites, fêtes, cérémonies, qui supportaient socialement les fonctions de l’idéal du moi et du surmoi, se modifient pour laisser libre champ à la vaste communauté des passions et des intérêts, en clair, grâce à la promotion de l’individu, entité autonome fondée sur le mythe du non engendré n’ayant comme horizon que le travail et la consommation, devenue en quelque sorte la norme du monde social contemporain. Cette restructuration touche plus particulièrement la pierre angulaire qu’est le Nom-du-père ce qui n’est pas sans conséquence sur le plan de la clinique, car le NdP est l’opérateur, signifiant symptôme qui noue les différentes instances que sont le désir, la loi (l’interdit) et la jouissance. La formation de l’individu contemporain n’emprunte plus les mêmes voies normatives de la famille oedipienne et névrotisante. Le père n’ayant plus la consistance traditionnelle du signifiant maître est dorénavant mis en concurrence avec la technologie fécondatrice, d’autre part la défaillance des figures religieuses et politiques, se dissimulent au profit d’autres références que sont le marché et les modes de consommation basés sur des besoins et des désirs individuels.

Je rappelle, d’un côté nous avons un ordre symbolique qui présente comme le dirait Lacan en reprenant Levi-Strauss, son efficacité symbolique, ensemble de fictions permettant les constructions du refoulement d’où la culpabilité mais aussi le désir, la loi pour tous mais dans la version, en tant que jouissance permise, – les écarts de la loi étant considérés comme en marge, dépendants d’elle et finalement pouvant la renforcer – mais de l’autre, une efficacité mise en question qui paradoxalement dévoile aussi l’inertie du sujet, le réel du sujet de l’inconscient, son fantasme, et donc l’objet a. Il s’agit ici non plus d’un rapport univoque à la loi mais d’une pluralité des formes admises de la jouissance, donnant l’apparition à des groupes d’êtres parlants liés par un mode particulier de jouissance qui grâce à un signifiant établit une identification en dehors de toute fonction paternelle.

Au fond, ce que l’ordre symbolique ou les vacillations du symbolique contemporains nous apprennent, c’est comment qu’il s’agisse de la tradition ou des formes nouvelles d’identification, l’intention du sujet reste la même, c’est-à-dire de trouver inscription dans l’Autre. C’est particulièrement parlant chez l’enfant.

L’inscription dans l’ordre symbolique est une sorte de boussole musclée que Freud nommait en 1908, « éducation », « religion », « règles », ou encore « morale sexuelle civilisée », mais face aux bouleversements de cet ordre dont la pierre angulaire est le nom du père, la boussole s’égare. Initialement, on suivait l’ordre symbolique comme un réel naturel, encadré par une trame de signifiants fixes comme des astres, les rituels de la vie comme de la mort semblaient immuables, à tel point que, selon la tradition, tout ordre humain devait imiter l’ordre naturel. L’ordre social et familial incarnaient l’ordre séculaire terrien de l’ordre divin comme la nature crée par Dieu répondant à sa volonté. D’ailleurs il est tout à fait remarquable la façon dont les religions, exemple l’église catholique, lutte pour protéger l’ordre naturel, pour la reproduction, la sexualité ou la famille. Ces éléments témoignent de la durée et de la solidité des discours anciens.

Or ce qui semble changer, c’est que ces discours qui servent de support à l’ordre symbolique ne cadrent plus le réel qui n’est plus un ordre naturel. Autrement dit, le réel, se dégage de l’ordre dit naturel ; avec le discours de la science et du capitalisme, il s’agissait à chaque fois de domestiquer, de se servir du réel, or ce réel est d’une certaine façon sans loi. Un peu comme la jouissance. Ce qui sert dès nos jours de boussole lorsque le symbole vacille est alors l’objet a. Dans le monde qu’à connu Freud, se déduisait un sujet qui dans ses interrogations, vacillait entre un signifiant et un autre, perméable au déchiffrage, dès nos jours, nous sommes confrontés de plus en plus directement à l’inertie du fantasme : cela me fait dire, que l’effort de la clinique contemporaine pousse à cerner dans cet au-delà du symptôme, le fantasme. C’est qui au fond est plutôt enrichissant.

Avec la montée de l’objet a, c’est l’aspect pulsionnel qui règne. Objet oral avec les addictions ; l’objet anal avec la multiplication des déchets d’une part et la thésaurisation d’autre part. L’objet scopique des écrans démultipliés à volonté. L’objet vocal, sous la forme de la déferlante des objets de communication. Surgit alors l’éclatement des formes institués d’union entre les partenaires, la création de nouveaux signifiants-maîtres et des remaniements des corps visant une humanité libérée des contingences anatomiques.

En somme, le symptôme reste fixé à point d’inertie subjectif, signe de ce qui ne va pas dans le réel. Parallèlement l’inconsistance du signifiant maître se déplace vers l’aménagement d’autres symptômes. Chez l’enfant, par exemple, nous assistons en quelque sorte à une fétichisation du contrôle et de la protection : un enfant me disait récemment j’ai eu mon premier portable à 8 ans, me parents voulaient m’appeler à tout instant, aux USA un sénateur républicain a proposé un bracelet ou puce sous la peau pour suivre ses déplacements, bref, l’enfant réel pris dans l’imaginaire social devient être sacralisé. Les nouveaux dispositifs de prévention et de protection de l’enfant, l’inquiétude médiatique et médico-sociale à son sujet évoquent les rituels obsessionnels défensifs de la collectivité face au tabou de l’inceste et de l’infanticide. Une phobie du toucher s’installe à travers la crainte d’être taxé de pédophile ou la peur de le traumatiser.

Et dans ce contexte, qu’est ce qu’un enfant maltraité ? qu’est ce qu’un enfant ?

Depuis les travaux de l’historien Philippe Ariès, nous savons que le concept d’enfant n’a émergé en Occident qu’à partir des XIIIe et XIVe siècles. Auparavant, l’enfant n’avait pas de statut spécifique qu’après 6-7 ans. Si bien que l’existence de l’enfant s’avère totalement dépendante de nos valeurs, nos croyances et nos représentations collectives du moment. La psychanalyse peut certes décrire l’enfant en terme de prédominance pulsionnelle (les fameux stades oral, anal…), ou évoquer le champ du déroulement du complexe d’Oedipe. Mais cela aussi reste insuffisant puisque nous savons qu’il y a des adultes qui malgré leur âge respectable conservent un Oedipe irrésolu ; d’autres restent solidement attachés à une problématique orale ou anale n’ayant rien à envier à celle de l’enfant, cela rend caduque toute définition structurale de l’enfant (et à fortiori de l’adolescent) d’un point de vue psychanalytique.

On sait qu’il fut des temps antiques où le père avait un droit de vie et de mort sur ses enfants. En France, le décret-loi de 1935 permettait encore au père d’user de sa « puissance paternelle » pour faire arrêter et détenir son enfant par l’autorité judiciaire (à partir de seize ans), sans qu’il soit nécessaire d’en faire figurer les motifs sur l’ordre d’arrestation. La mesure de « correction paternelle » au sens de « redressement » reste évoquée dans l’ordonnance de 1945. Le concept de maltraitance est relativement jeune : depuis quelques décennies il s’est appliqué à la femme battue, avant que l’enfant ne devienne le centre de toutes les sollicitudes. L’apparition de la maltraitance des enfants dans sa version « scandale inacceptable » voit actuellement son apogée dans l’interdiction des fessées en Europe du Nord, et dans l’interdiction des bizutages en France. Certains vont jusqu’à affirmer que tout ce qui concourt à empêcher l’enfant d’être « un sujet à part entière », constitue une forme de maltraitance condamnable.

 Je propose de montrer que la place actuelle faite à l’enfant, ainsi que le développement de la lutte contre la maltraitance infantile et la pédophilie, sont à articuler à la défaillance accrue et généralisée de la fonction paternelle.

Par l’autorité qu’elle instaure, la fonction paternelle fait barrage à l’inceste et plus généralement, limite la toute-puissance imaginaire de l’enfant. Ce faisant, cette différenciation donne un sens à la nomination (fils ou fille de…) et aux liens d’alliance (époux, épouse de…). Or, il est possible de suivre le déclin de l’autorité paternelle à travers l’évolution des textes de loi : de la « puissance paternelle » encore évoquée en 1907, on passera à « l’autorité du chef de famille » sous Pétain. Puis le terme juridique de « chef de famille » va être remplacé par l’autorité parentale conjointe en 1970. Si la déchéance de l’autorité paternelle est possible depuis un siècle (loi du 24 juillet 1889), les destitutions de paternité deviennent de plus en plus fréquentes.

Cette évolution renvoie à la nouvelle exigence d’une parité homme/femme, voire d’une parité adulte/enfant à travers la notion de « respect de l’enfant ». Or, il existe de nos jours, une répugnance, voire un refus phobique à endosser une quelconque autorité à l’égard des enfants, tant en parole qu’en acte (frustration, punition…). Bien plus, les droits de l’enfant consacrent l’impuissance parentale et la toute-puissance des enfants qui n’ont que des droits et aucun devoir. H. Arendt, dans La crise de la culture, a bien posé l’alternative incontournable : l’autorité « est incompatible avec la persuasion qui suppose l’égalité ». Si l’on parle d’égal à égal avec un enfant qu’on prétend respecter en tant que « sujet à part entière », on ne peut dans le même temps, prétendre soutenir une position autoritaire (toujours hiérarchique) et refuser de la voir battue en brèche par sa progéniture. Or, combien de parents qui consultent les « psy », viennent se plaindre du manque de respect de leur enfant, en remarquant que « ce n’est plus la même génération », « ça ne se serait pas passé comme ça de notre temps ». Mais malgré cette nostalgie, aucun ne voudra ni surtout ne pourra reprendre cette position d’autorité qui fait défaut. Pour faire face à la désagrégation de la fonction paternelle en famille, que de Père fouettard, Père Noël, gendarmes, psychothérapeutes, et médecins prescripteurs seront appelés à la rescousse…

Cette défaillance à incarner la fonction paternelle tendrait à s’institutionnaliser, pour mener au niveau collectif, à un blocage de ce que Papageorgiou-Legendre appelle « le processus de permutation des places dans la lignée transgénérationnelle » : le « fils de… » devient père, la « fille de… » devient mère, tous deux devant céder leur place d’enfant à la génération suivante, autrement dit il faut symboliquement tuer le père, mais aussi accepter de mourir comme enfant pour devenir parent à son tour. En outre, la position médiatique contemporaine laisse à la science en général et à la génétique en particulier, le soin de définir la paternité et le lien de filiation. La parentalité n’est plus l’effet d’un dispositif symbolique de filiation, mais devient un métier à apprendre avec des spécialistes. C’est ainsi que la destitution de paternité devient une pratique courante, permettant d’entériner juridiquement la filiation d’un enfant à sa seule mère.

Cette carence de l’autorité paternelle paraît directement corrélée au concept lacanien d’ »enfant généralisé »

Pour Lacan, l’enfant généralisé est un effet de la forclusion du sujet dans le discours de la science. Autrement dit, il n’y a plus de grande personne, les adultes sont tous de grands enfants depuis l’essor des sciences et la prépondérance du discours scientifique. Les nouveaux mythes occidentaux portent sur la toute-puissance scientifique, si bien que les sciences se trouvent en compétition avec Dieu.

La maltraitance des enfants

Si cette préoccupation surgit ici et maintenant, c’est parce qu’en s’infantilisant les parents se projettent d’avantage sur leur progéniture. Les droits de l’enfant ne sont pas destinés en première intention à nos enfants mais aux enfants que nous sommes devenus, la pédophilie est une caricature du désir de l’adulte infantilisé, et c’est cette insupportable image qui lui colle à la peau, et dont il veut se défaire en réclamant à hauts cris la peine de mort ou le lynchage. Celui qui appelle ainsi au sacrifice purificateur espère exorciser, tuer l’enfant honteux qui est en lui. La pédophilie généralisée ou plus exactement la pédérastie, renvoie à la confusion des places et des générations. La pédophilie constitue une forme de retour dans le réel de la forclusion du sujet par la science.

Je rappellerai aussi que du point de vue de la psychanalyse – c’est-à-dire de l’inconscient – maltraiter, battre, signifie « baiser » dans l’acception la plus vulgaire du terme. « On bat un enfant » est comme on le sait le paradigme du fantasme le plus général retrouvé chez la femme comme chez l’homme ; et cet enfant du fantasme, nous dit Freud, c’est le sujet « adulte » lui-même… et ça le fait jouir. D’un point de vue psychanalytique, l’agression a toujours valeur sexuelle, et si elle n’y renvoie pas, si le choc psychique n’a pas été phallicisé, se déclenchera une névrose traumatique. Quand la différence adulte/enfant a tendance à s’estomper, nous aboutissons parfois à des inversions où l’enfant en vient à relever le défi : devenir le parent de ses parents. Si bien qu’il n’y aura qu’une permutation des places dans le couple sado/maso ; ce n’est plus – contrairement à ce que les protestations médiatiques veulent faire croire – l’adulte qui bat sadiquement l’enfant, mais la tendance inverse : c’est l’enfant qui commande et maltraite sadiquement l’adulte. Ceci va des parents martyrs (qui le cachent), aux enseignants ou conducteurs des services publics qui se font agresser par des adolescents de plus en plus jeunes.

 Sans regretter des temps dictatoriaux à la fois détestables et intolérables, il ne faut pas craindre d’aller à contre-courant de l’air du temps et des préceptes charitables d’une Françoise Dolto. Quitte à être taxé de « réactionnaire », je pense qu’il est nécessaire de soutenir l’imposition de limites, si besoin par une intervention physique quand les mots n’y suffisent plus et que la menace est sans cesse remise à plus tard. Toutefois, pour que les punitions aient la chance d’avoir une vertu limitative, elles doivent conserver un caractère symbolique (avec une explication par après) et être en rapport avec l’âge de compréhension de l’enfant. Dans l’éventualité d’une punition corporelle (fessée ou claque), elle devrait être donnée de façon suffisamment contrôlée (sans être dangereuse ni prendre l’allure de sévices), et ne pas servir de prétexte sadique à un adulte en quête de faute à châtier. Il faudrait aussi s’assurer que l’enfant ne cherche pas à enfermer les adultes dans un scénario sadomasochiste. J’ai connu une mère qui ne supportant pas de voir son fils jouer avec le feu malgré plusieurs débuts d’incendie, l’avait brûlé au réchaud, avant de penser à se suicider devant l’énorme culpabilité provoquée par sa colère incontrôlée. La punition, qu’elle soit physique ou pas, cherche à écorner le narcissisme infantile pour lui signifier un ferme désaccord. La tape éventuelle peut étayer la parole parentale à laquelle l’enfant n’accorde aucun poids (quand le parent n’y croit pas lui-même). En tout état de cause, l’adulte devrait idéalement se questionner ensuite sur la part qu’il a lui-même prise dans ce scénario punitif (sans disqualifier sa parole en s’excusant), tout en sachant qu’un châtiment constitue toujours un échec du sujet et de sa parole.

 Ces cas n’illustrent pas l’adage « Qui aime bien châtie bien », mais disent plutôt : « Qui aime la vie soutient les limites ». Voici ce que dit P. Legendre dans La fabrique de l’homme occidental : « Fabriquer l’homme, c’est lui dire la limite. Fabriquer la limite, c’est mettre en scène l’idée du Père, adresser aux fils de l’un et l’autre sexe, l’interdit. » Or, dans notre société, la « jeunesse est bafouée dans son droit de recevoir la limite » , parce que son imposition par l’adulte s’avère trop pénible ; la limite est plus douloureuse à celui qui l’a pose qu’à l’enfant qui la reçoit…

Pour conclure

Reste à envisager les enjeux « poléthiques » de la réponse actuelle à la maltraitance. La préoccupation médiatique à l’égard de la maltraitance nous l’avons vu, n’est qu’un effet de l’enfant généralisé, qui n’est lui-même qu’une conséquence du déploiement du discours de la science dans la société. La fonction paternelle en prend un coup. Le modèle du père chef de famille tenant le discours du maître est en voie d’extinction rapide, si ce n’est déjà fait. Il ne s’agit pas pour autant de pleurer sur le « bon vieux temps », ni de se morfondre dans la nostalgie pour la tyrannie patriarcale d’époques antérieures. En dehors de toute valeur morale ou humaniste, les concepts lacaniens de castration symbolique et de sujet barré devraient nous dissuader d’adhérer à la chimère de l’existence d’un sujet (et moins encore d’un enfant) « à part entière » . Les psychothérapeutes, analystes ou pas, lacaniens ou pas, me paraissent voués en fonction de leur position à cet égard, à en tirer les conséquences éthiques dans leur pratique.

Nous nous acheminons vers un système social résolument égalitariste (homme/femme, adulte/enfant, hétérosexuel/homosexuel), comme en témoignent les exigences médiatiques et les modifications législatives actuelles (Droits de l’enfant calqués sur les Droits de l’Homme, établissement de certificats de concubinage, voire de mariages homosexuels, etc..). Si le pater familias disparaît, nous nous retrouvons tous frères et sœurs, et la logique voudrait que l’inceste fraternel devienne la variante dominante de notre époque.

Ce nouveau modèle social dont nous avons du mal à cerner les contours, possède des avantages et des inconvénients que l’histoire à venir nous révélera. Un des avantages tient à la nouvelle vivacité des jeunes enfants et à l’affirmation de leurs positions là où ils restaient auparavant soumis. Le danger politique actuel réside dans une nostalgie exacerbée du père « ancienne version », qui est un modèle social définitivement révolu quoi que nous fassions. La perte des anciens repères identificatoires quand les nouveaux restent encore mal affirmés ou peu satisfaisants, risque de nous mener de la nostalgie du père, au pire : dictatures, nouvelles formes d’une vision bouchère de la généalogie, créations ex nihilo de nouvelles ségrégations… La perte d’un Nom-du-Père peut mener à introniser dans le réel un féroce père imaginaire. Le retour du pire est possible demain, mais heureusement il n’est pas sûr ; il dépend aussi de chacun d’entre nous.

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