Association de Psychologues Cliniciens d'Orientation Freudienne

Le travail de la psychose : négativer l’objet qui est comme de trop – 10eme Journée – Ponctuer un itinéraire dans la psychose

Dario MORALES

itineraire copyLe sujet doit céder ce qui est de sa jouissance, il reçoit de l’Autre, un signifiant primordial. Le névrosé réussit cette opération d’échange avec l’Autre, ce qui fait qu’il a un corps, qu’il a une protection contre cette jouissance qui justement, du fait de l’échange, lui est devenue extérieure. Donc il n’est pas envahi, la jouissance est limitée, le monde symbolique le protège. A l’inverse chez le psychotique, cette extraction de la jouissance intime du sujet n’a pas pu se faire, l’échange n’a pas eu lieu, le signifiant qui devait lui venir de l’Autre est resté dehors, forclos, le sujet a conservé la jouissance près de lui. Rien de l’ordre du symbolique ne peut le protéger de cette jouissance.

Je vais m’inspirer d’une courte vignette clinique chez un sujet confronté à l’impossibilité de symboliser une jouissance et d’en trouver un mode de subjectivation qui puisse tempérer le rapport à l’Autre. En même temps, ce sujet étant au travail, sa souffrance, les moments de perplexité, d’anxiété, de vide sont relativement traités, je me risquerai en disant traités par une habile transformation de la jouissance, – ici le vide, transformé en manque, lourd tribut à payer, mais par ce biais le sujet réussi à se distancer de la jouissance ravageante à quoi il a périodiquement à faire. Cette solution, il l’avait pratiqué avant même de nous rencontrer, mais grâce aux entretiens, il a pu aller au-delà de la plainte et revenir sur les points vifs qui le taraudent depuis son enfance, et se délester de l’angoisse qui accompagne l’absence de réponse à ces questions : l’abandon du père pour une autre femme, l’inexistence de la parole paternelle, l’impossible rencontre sexuelle, tant les malentendus qui suscitent les rencontres féminines le plongent dans la perplexité. Ces questions, autant le dire, montrent bien, que le psychotique est toujours au travail, parfois il réussit, parfois il échoue, et sa tentative consiste comme le rappelle le titre de mon exposé, à négativer l’objet – cette part de jouissance, qui est toujours comme de trop.

Cas clinique

Ce qui domine dans le tableau clinique de M. Martin est de ne pas avoir pu tisser un fil, entre la rencontre « forcée » d’une jouissance provoquée par la parole et les actes du père, le sujet se trouvant dans l’impossibilité de les symboliser et d’en trouver un mode de subjectivation. Ce fil, Martin va tenter de le tisser lors des séances. Face à l’irruption de cette jouissance, le tissu symbolique, mal en point, se déchire. Le sujet semble alors faire l’expérience du trou, et ce qui se manifeste est la défaillance radicale de tout appareillage signifiant pouvant contre carrer la jouissance. Pourquoi une telle expérience, c’est cela le mystère des cas cliniques, ici, le sujet ne dispose pas, et vous allez le voir, de « relation d’objet » comme moyen ou écran de médiation, c’est-à-dire de possibilité d’un appareillage fantasmatique. Ce qui est patent chez Martin c’est l’absence de signification phallique qui semble abolie et c’est depuis ce moment qui semble être celui du déclenchement.

En effet, l’événement se produit quelque temps après la séparation des parents, son frère aîné avait 14 ans et lui 11 ans. Le père était parti dans la violence l’année précédente, et s’était installé à une 15 de kms du domicile de la mère ; il refait sa vie et rompt totalement avec les siens ; Martin n’avait plus de nouvelles de ce père ; à l’école les choses allaient mal ; avant le départ du père, l’école signalait des problèmes de comportement, et de désinvestissement scolaire ; après le départ du père, il est devenu agressif envers les maîtres, violent envers les camarades, il ne supportait pas le regard moqueur de ceux-ci ; il imaginait qu’ils savaient qu’il n’avait plus de père et que pour cette raison ils le testaient ; un jour, il s’est fait traité « d’écervelé » par le maître ; il n’a pas apprécié, il a cassé un carreau dans la cour, même si après, il jurait que ce carreau était déjà cassé ; selon lui, il fut injustement puni et la mère fut convoquée ; deux jours plus tard, il fait une fugue, il se rend chez le père ; une femme qui devait être la nouvelle compagne du père, sort et sans l’inviter à rentrer dans la maison, elle profère, « ton père rentre dans une heure » ; tout en laissant la porte ouverte, elle le laisse planté sur le perron et retourne à ses occupations ; l’enfant s’assied sur les marches du perron ; une heure plus tard, le père réapparaît et lui dit sans le saluer ; « que fais tu là ? » ; « je n’aime pas qu’on vienne me voir à l’improviste » ; « t’as qu’a rentrer chez ta mère » ; l’enfant fulmine ; à ce moment, la femme resurgit, calme le jeu, et décide de raccompagner l’enfant chez la mère. Le lendemain matin, en prenant une boîte de calmants qu’il avait prise à la mère, il fait une TS. Quand il remémore cet épisode, il dit avoir entendu avant la prise des médicaments, une voix dans sa tête qui disait « écervelé ». Le sentiment d’abandon, la violence des propos du père, et de son alter le maître, ont convergé au moment où il décide de faire appel au père. Quand il a fugué, la première idée qui lui est venue est d’aller trouver le père, qui est aussi policier, pour qu’il vienne faire justice à l’école.

Cet épisode qui s’inscrit dans une « conjoncture dramatique », n’a pas ouvert les vannes de la décompensation franche. C’est plutôt la modalité existentielle qui est atteinte, celle du sentiment d’être absent à soi-même, il va donc plonger progressivement dans une désocialisation, assortie d’échecs scolaires, prise de drogues, de l’alcool plus tard. Il passe le bac de justesse, et devient éducateur, mais rien ne semble bien capitonner, il est toujours sur le bord. Cela fait 5 ans qu’il a un travail, mais il dit avoir peur des jeunes qu’il encadre, il craint le regard des collègues, et avoue non sans honte, qu’il n’a toujours pas eu de copine et donc pas de rapport sexuel ; à 30 ans, il a le sentiment de vivre dans la déréliction ; quand il quitte le travail, il s’enfume la tête, avec du H et des calmants, jusqu’à sombrer dans le sommeil. A 25 ans, au moment où il démarre son premier travail, les angoisses étaient devenues insupportables, sous les conseils d’une amie de la mère, il consulte un médecin, qui l’oriente vers un psychologue, qu’il fréquente pendant deux ans de façon irrégulière, déçu, il abandonne, et puis, il nous rencontre pendant trois ans. Il a déménagé l’été dernier. Je décrirais à la fin sa situation actuelle.

Ponctuation d’un itinéraire

Le travail de la psychose se supporte de deux mouvements, en premier lieu, celui qui enclenche le patient, nous avons insisté la dessus, mais il s’agit également de prendre la mesure du mouvement spécifique qui prend le clinicien pour des sujets qui très souvent viennent nous voir parce que le sentiment de la vie les a abandonné ou parce qu’ils en pâtissent de phénomènes d’excès de jouissance. Quelle place pour le clinicien ?

Chez M. Martin, nous avons le croissement de ces deux registres ; d’abord le clinicien qui lui, évite d’endosser la place de l’Autre ou de l’Idéal, pour prendre une place plus modeste, plus discrète, celle du semblable, du témoin peut-être, du secrétaire sûrement, mais surtout pour accompagner le sujet dans ses élaborations spontanées, j’insiste sur ce point, un secrétariat qui loin d’être passif, vise, je vais décliner ensuite, l’obtention d’une prise du symbolique sur le réel, prise qui puisse à elle seule négativer les phénomènes de jouissance. Chez ce patient, il s’agit d’obtenir à partir du symbolique, un bridage de la jouissance, c’est-à-dire un traitement du réel par le symbolique. Il s’agit, lorsque la jouissance est comme de trop, lorsqu’elle n’a pas pu être extraite pour construire la réalité du sujet, et que des choses restent fixes et non dialectisables, par exemple lorsque le sujet, cherche le retrait, s’isole de crainte d’être l’objet du regard rageur de l’Autre, de procurer au sujet la possibilité de réétablir la connexion, avec peut-être le branchement sur un autre mode d’être, sur un autre mode de jouissance moins persécuteur.

Chez M. Martin, le nouage qui fait tenir un certain rapport au semblant n’est pas rompu, certes, il s’en faudrait de très peu, pour qu’il casse ; M. Martin, travaille, il a un domicile ; même s’il dort très souvent chez sa mère ; il pratique un sport de façon occasionnelle, la natation. Il n’a pas d’amis, il ne fréquente pas non plus les collègues du travail, j’avais évoqué l’angoisse de se retrouver avec les femmes. Ce sujet semble donc débranché du lien social ; angoissé, il éprouve le vertige du vide. Il décrit alors un moyen qui n’est pas conscient, mais très subtile de le traiter. Il développe alors un comportement compulsif, équivalent au symptôme, qu’il va interroger pendant les séances. Il s’agit de jouer au PMU, des petites sommes mais qui grèvent le salaire de l’éducateur ; il joue le matin avant d’aller au travail pour « tuer » l’angoisse des rencontres et après le travail pour « calmer » la panique de se retrouver tout seul. « Tuer », « calmer » pour faire face à ce « trou vide » qui menace à chaque instant de le « détruire ». Le trou qu’il fait dans ses économies, fait bord à ce trou qu’est le vide de son existence.

Quel statut peut-on donner à l’argent ? D’abord l’argent est d’un des signifiants maître de notre époque ; chez Martin l’argent, se décline sur plusieurs niveaux ; un premier niveau articule le réel de la jouissance ; avec l’argent, Martin joue sa partie tout seul, refusant le lien avec d’autres signifiants ; ici l’argent se confond avec la jouissance du jeu – à l’allure autistique ; sur un autre versant, l’argent est le signifiant au service de l’imaginaire qui permet de rêver. Il s’agit de gagner, au prix de perdre tout le temps ; il imagine qu’il va s’offrir une belle voiture, ou une moto, – il est conscient que les gains au PMU sont plus modestes que ceux du LOTO ; il ne sera pas riche, mais il a la prétention de flamber ; le perte au jeux et donc le manque-à-avoir suscite en lui des réactions violentes : il vitupère, s’énerve et puis finalement honteux il doit accepter qu’il ne gagne pas !! Il éprouve des sentiments violents, la haine et puis l’impuissance d’être réduit à être un objet déchet, comme de tas de chômeurs qui s’entassent devant les comptoirs pour jouer leur misère. Enfin, si dans le soliloque, l’argent est le signifiant autistique, d’un autre point de vue, il est celui de l’avoir. Enfin, dans les entretiens, l’argent, s’avère être le signifiant qui permet de donner à la perte une valeur symbolique. Le vide de son existence est permuté, en manque, lui permettant de dire la frustration, la haine, et d’accéder à une certaine position de sujet.

C’est ici que le clinicien opère une distinction ; il est en effet impossible pour Martin de pouvoir desserrer les identifications aliénantes – celles qui confèrent au père le rejet, et qui se déverse sous le nom de la haine du père, ensuite celles actuelles qui malgré leur opacité résonnent à travers le jeu, « d’être riche » ou de rester « un pauvre type », ces identifications aliénantes ou idéalisées défilent dans leur impossibilité à être rangées sous un nom. Le clinicien s’intéresse aux points de fuite, cherchant dans le discours un arrêt, et qui peut donner au sujet une armature, voire un échafaudage de soutien. « Je perds mon argent », du coup « ma mère m’avance une somme », « elle paie l’essence de ma voiture », « la dernière séance du mois ». « Votre mère règle vos séances ? ». « Je sais que ce n’est pas bien, dit-il ! », « je devrais plutôt amener un marché à la maison ». Le fait de s’arrêter sur ce « je devrais plutôt », l’agressivité qu’il ressent envers sa mère diminue. Il parle d’elle et il parle avec elle ; il exprime l’amour, la déception, la colère, d’une mère qui trompait son mari (son père), parce que violent ! Comme vous l’avez constaté nous ne sommes pas ici pour construire un délire, il n’y en a pas ; il s’agit de soutenir une rectification du rapport que le sujet entretien avec la réalité, en situant par exemple, ce qui de l’imaginaire, peut venir suppléer à un défaut, permettant à ce sujet de faire face à la perte du sentiment de la vie. Autrement dit, les mots sur l’argent, grâce à l’intervention du signifiant, permettent de localiser la jouissance, et aborder les effets de la déliaison, présents au travail, dans les difficultés avec la mère, avec le père, avec les femmes, avec la cité ; dans les entretiens, le signifiant argent joue sa partie si l’on peut dire, avec d’autres signifiants ; les effets sont bien entendu, modestes, les mots sur l’argent, s’avèrent avoir que peu d’effets pour modifier la position subjective.

Je vais le dire différemment, nous avons soutenu, chez Martin, contrairement aux démarches des cliniciens de l’IPA, pour qui l’Holding, signifiait le soutien de la personnalité au détriment des éléments symptomatiques ; nous avons contrairement à cette démarche soutenu l’élaboration signifiante, ce qui revient à dire, tenter d’organiser une suppléance de type symptomatique, et qui consiste donc à chercher à appuyer sur ce qu’il y a de plus singulier dans les bricolages du sujet, c’est le cas lorsque le sujet évoque sa présence angoissée aux réunions de synthèse de son institution ; quand il doit intervenir, il a dû mal à supporter le regard des collègues, quant il doit rédiger un CR d’une prise en charge ; « les regards de mes collègues pèsent sur moi, me poussent à interpréter, ma pensée fait de l’écholalie avec les mots des autres » ; il a le sentiment que ses pensées disparaissent dans les pensées des autres ; il a le sentiment qu’il se vide. Il s’agissait de prendre au sérieux sa situation, de l’y croire. Il ajoute alors, « je devrais travailler avec une collègue avant de présenter au Staff le CR ». La position du clinicien se réduit à acquiescer à la démarche du patient. Il intervient au niveau du signifiant afin de toucher à la question de la jouissance. Mais une telle intervention n’est opérante que si le clinicien prend l’incomplétude de l’Autre sur lui. Devant ces tourments, Martin, évoque qu’une éducatrice proche de la retraite veut bien l’aider. Lorsque la jouissance (pendant le staff) se fait envahissante, il faut introduire une limite ; cela ne veut pas pour autant dire que la limite est réglée ; en sollicitant un autre qui sait, le risque serait de faire consister ce savoir chez l’Autre ; or il n’en est rien, l’éducatrice devrait quitter l’institution dans les deux années à venir ; beaucoup plus âgée que lui, elle n’est pas investie en tant qu’agent d’un savoir, elle n’est pas non plus investie comme un objet érotique potentiellement dangereux, car d’une chose, Martin est sûr, le sexuel est pour lui un obstacle.

Le travail de la psychose sera pour Martin une façon de traiter les retours dans le réel, d’opérer des modifications qui pacifient la jouissance jusqu’à la rendre supportable. Deux d’entre elles sont repérables. L’argent, le soutien de l’éducatrice semblent être les bricolages que Martin met en place pour se défendre des effractions de l’Autre jouisseur ; pourtant ces bricolages n’entament pas véritablement la jouissance qui ne se vide pas ; le sujet revient sans cesse sur ses travers ; ils se répètent assez souvent :  la synthèse du mardi est vécue comme un calvaire ; le regard de l’Autre, l’angoisse ; le jeu est mesuré mais répétitif, le calme est précaire.

Mais Martin n’est pas sans ressource ; il tente depuis quelques mois la voie d’une certaine sublimation créationniste qui ne passe pas par le symbolique mais qui procède d’une opération sur le réel de la jouissance. Ayant séjourné chez une parente, il apprend que son grand père était un féru de photographie, elle lui montre une collection d’appareils de photos et d’images ; une deuxième parente, une grande tante lui propose alors de numériser ces images ; ces deux personnes se montrent plutôt rassurantes ; elles lui expliquent que dans le passé, elles avaient fait des albums mais qu’il fallait réorganiser l’atelier ; du coup, Martin semble plutôt enjoué, se montre plutôt intéressé ; le fait de découvrir les photos d’un homme qui en son temps fut admiré et puis oublié fait pousser en lui des ailes ; le travail exige une certaine technique ; du coup, il veut apprendre la photo, par correspondance ; les parentes lui paient le cours ; elles envisagent désormais, la publication des photos du grand père ; le tout a pris une petite année de travail ; et ce n’est pas fini parce qu’au terme d’une première organisation des albums, elles envisagent la publication d’un ouvrage consacré aux photos du génie « oublié » de la famille.

Quels effets peut-on repérer de cette invention créationniste chez Martin ? Y-a-t-il dans cette activité une suppléance de type symptomatique ? je me risquerai deux propositions : je ne suis pas certain que Martin ait construit un symptôme, ou qu’il ait transformé un vécu de souffrance en effet de création tant il est englué dans la jouissance ; j’insisterai plutôt sur un usage qui est fait de la jouissance ; j’avancerai premièrement que Martin tire un bénéfice réel de cette activité, cela le calme, lui donne un but, relatif mais présent, les tâches ne sont pas présentées sous un mode infernal ou contraignant ; cette activité lui permet de s’inscrire dans un discours établi, organisé, qui donne du sens et qui assure la stabilité du lien entre les hommes et les choses. Il s’agit de la langue de la technique de la photo, de l’archivage et des contacts nécessaires avec les spécialistes de la profession. Deuxièmement, je dirais que cette activité lui permet de renouer avec la famille paternelle ; bien sûr, il n’est pas question de faire valoir le père, mais un parent, le grand-père, dans sa valeur unique ; un trait d’identification est par ailleurs repris par Martin, il veut acheter un appareil de photo, et pense également à s’inscrire dans un club de photo, mais pour l’instant il est hors question de le faire, prudent, il préfère éviter la rencontre qui pourrait s’avérer trop persécutrice. Martin a raison, il faut savoir que dans les activités, par exemple le travail d’éducateur est une épreuve qui menace de virer dans une épreuve de jouissance, au lieu d’être (le travail) un dispositif de traitement de la jouissance.

Pour finir, quelle fonction pourrions-nous donner aux entretiens ? Si le patient semble faire ex-sister quelque chose de l’inconscient, comme en témoigne le surgissement inattendu du signifiant paternel, jusque-là passé inaperçu ; tout se passe comme s’il avait pu faire advenir une énigme, je suis très précautionneux en disant cela, un x, sans éléments persécutifs, sur fond d’une articulation entre la production artistique, la « jouissance sublimée » du grand-père et un « savoir faire » sur le fonctionnement familial ; or, cela n’a été possible pendant les entretiens que parce que le clinicien joue sur le registre du semblant, sans chercher à combler l’espace entre les signifiants, collés et pétrifiés chez Martin ; il a passé plusieurs séances à nous parler des matériaux, le tirage, la résolution, les paramétrages, etc, et des éléments rudimentaires et puis très techniques sur le noir et blanc, l’ambiance du noir et blanc, jusqu’à s’exclamer sur certaines photos du grand père et s’interroger sur les voyages de celui-ci et donc sur la vie de famille, etc ; du coup, l’existence d’une place vide a permis de faire un écart entre les signifiants, et d’introduire de temps en autre, des questions sur sa vie et de la confronter avec le réel actuel.

Nous en sommes arrivés à ce point, après une bonne année de travail, lorsqu’il a décidé de quitter la région pour s’installer dans la Bretagne familiale, un de ses frères, lui ayant trouvé un emploi d’éducateur dans une ville où il avait séjourné étant jeune… Actuellement, il m’a fait savoir qu’il n’a pas poursuivi le travail thérapeutique, il se contente de rencontrer le psychiatre pour renouveler le traitement ; le travail sur les photos du grand père se poursuit mais les parentes n’ont pas actuellement les fonds nécessaires pour procéder à la publication de l’ouvrage et donc d’attribuer la paternité de celui-ci à Martin ; je me demande si au fond, ce n’est pas mieux comme cela, ce qui permettrait à Martin de se donner le temps d’explorer les conditions lui permettant de mieux appréhender la réalité ; ce n’est pas une mince affaire dans la psychose de se faire un nom, d’assurer la paternité…d’une œuvre qui souvent continue à résonner « comme de trop » !

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