Association de Psychologues Cliniciens d'Orientation Freudienne

Les boucles de la langue dans la cure du criminel incarcéré

Matéo DUSSEAU

« Il y a du sujet à partir du moment où nous faisons de la

logique, c’est à dire où nous avons à manier des signifiants »

Lacan – la logique du fantasme -16 novembre 1966.

 

Dans le discours social, boucler les criminels reste la finalité première lorsqu’un crime est commis. Cette visée implique la recherche d’une vérité sur un acte, accompagnée dans le meilleur des cas d’un aveu. Dans ce cas, une fois le criminel « bouclé » et sous les verrous « l’affaire » n’est pourtant pas bouclée pour le sujet.

Alors comment envisager une manière de boucler le crime ? Comment redonner place au sujet ? Ce n’est pas simple puisque celui-ci est doublement exclu de la scène, d’abord du fait de son acte.

Inviter le sujet incarcéré auteur d’un crime à s’engager dans la parole, c’est lui permettre d’envisager de se décaler du discours réussi auquel il a tenté d’accéder avec le passage à l’acte, Il s’agira alors de relever le pari de soutenir un ratage du côté pile et du côté face du langage. La clinique carcérale orientée par la psychanalyse lacanienne et son éthique ouvre une voie à cette éventualité.

Le difficile travail de la lettre en prison

Lorsque j’ai pris ces fonctions de psychologue à l’Unité de Consultations et de Soins Ambulatoire du centre de détention, un surveillant de l’infirmerie m’a dit : « Je vais t’appeler Pierrot c’est plus simple et puis ne fais pas des phrases trop longues car le temps que tu arrives au bout j’aurais oublié le début » Je savais que le lieu carcéral n’est pas un temple de la parole, mais j’ai compris à la manière dont j’ai été nommé et parlé et à la manière dont j’ai été convié à le faire, que la parole des détenus ne devais pas peser lourd ici en prison. J’ai fait le choix de faire mon travail « comme un artisan des mots et de la lettre » ceux des patients détenus que je rencontre, mais aussi de la mienne à travers la rédaction de mes carnets ethnologiques. La lettre tout aussi impossible à dire mais relative à la parole des sujets que je rencontre en prison, et par là même m’initie, tel le moine copiste, à l’impensable du crime.

René et Claude ont fait le choix, un peu comme Pierre Rivière, d’écrire leur histoire dans un cahier d’écolier. Francis lui, souffre de ne pouvoir faire du théâtre, les mots semblent lui manquer. Alors il tourne à contre-courant dans la cour de promenade et chaque fois qu’il passe à côté d’un groupe de détenus en train de parler, il prélève des phrases et recompose des dialogues qu’il rédige. Il apporte ses écrits en séance depuis plusieurs années. Le premier était intitulé « Tes mots ».

Je ferai ici appel à Spinoza pour souligner les deux faces, et nous pourrions même employer le terme de surface de la langue, auxquelles je suis à l’écoute au cours d’une séance. Cela n’a rien à voir avec une méthode, mais d’une éthique. Pour le philosophe, bien dire consiste à s’assurer que la cause intègre la seule description. Autrement dit, la qualité de l’objet ne peut être seulement descriptive mais doit être causale. « Une définition pour être parfaite devra expliquer l’essence intime de la chose ».

Le classement des comportements en termes de trouble tel que le propose de DSM me semble plutôt se rapprocher de la première face, autrement dit, d’une seule surface de la langue. C’est une photo à un moment donné des caractéristiques comportementales d’un sujet, où il est fait état des propriétés de l’objet. Quant à la deuxième face, elle envisage une raison et une cause, une dynamique au moment même où l’objet prend forme. C´est à partir de ce mouvement d’une face à l’autre que je conçois le dialogue avec un sujet auteur d’un crime et à l’instant où le sujet s’adresse à moi.

Une séance qui fait boucle

Jean est âgé de 65 ans, il a été condamné à une peine de 15 ans pour le meurtre de sa femme. Il a dit au tribunal qu’il reprochait à son épouse sa liaison extra-conjugale et son comportement dépensier.

En détention Jean se montre plutôt arrogant. Il a même défié des détenus à la « musculation » et s’est déboîté la mâchoire en soulevant des poids avec sa bouche. En séance, il ne parlait jamais de son acte criminel, ni de sa femme. Lors d’une séance, au cours de laquelle il commence par beaucoup se plaindre, Jean craint de ne jamais revoir sa mère âgée et malade, il évoque aussi le cancer du sein dont son épouse disparue a été victime. « Un jour en la touchant j’ai senti une grosseur et je lui ai dit d’aller consulter au plus vite, j’avais raison c’était un cancer » « Elle n’est pas morte de ça » ponctue le thérapeute. L’intervention semble avoir glissé et Jean n’en reste pas là. Il évoque goguenard les voisines du couple qui envient sa femme d’avoir un si bon médecin dans son lit. « Ma femme leur avait répondu : ne comptez pas sur lui pour qu’il vous palpe les seins. » Le thérapeute intervient à nouveau « Vous lui avez sauvé la vie » Cette fois l’intervention porte. Jean réagit comme s’il venait d’apprendre la mort de sa femme à cet instant, il prend sa tête entre ses mains et dit : « Oh merde! » Il semble recevoir son propre message sous une forme inversée.

Trois axes distincts permettent de résumer l’opération de langage. Il est possible de les figurer sous la forme d’un triangle qui n’est pas sans rappeler la boucle triangulaire de Moebius.

1. Nous sommes situés à la base de ce que nous pourrions représenter sous la forme d’un triangle et qui représente la boucle du langage du sujet. Jean ne reçoit pas le message de l’autre et il ne peut subjectiver l’acte meurtrier qu’il a commis. Ses plaintes récurrentes témoignent, par retour sur le corps, et des détours de ses paroles autour des registres de la mort et de son crime.

La première interprétation se situe à l’angle du deuxième segment du triangle. « Elle n’est pas morte de ça » : Jean ne peut encore accéder à la question logique : « qu’as-tu donc fait à ta femme ? » Cependant une coupure vient de se produire qui vont avoir pour effet de modifier le rapport de Jean à sa parole.

2. Sur ce deuxième axe, l’Autre fait retour dans sa dimension moins persécutrice. Même si l’attitude goguenarde de Jean en séance, indique qu’il résiste et semble dire « Je suis ton homme ». Son récit témoigne d’un écartement avec ce qui fait litige dans l’immédiateté entre lui et les autres. Il tourne maintenant autour du sexuel.

La deuxième interprétation : « Vous lui avez sauvé la vie », elle permet à Jean d’entendre « séance tenante » « J’ai tué ma femme». Nous sommes au sommet du triangle de la boucle de ce triangle de Moebius.

3. Le dernier segment du triangle boucle l’opération de langage. Jean à accès à ce qui était déjà là au début de la séance, l’acte criminel, mais dans l’impossibilité de s’en rapprocher. La réaction d’effondrement n’est pas celle du sujet mais bien de l’isolement du sujet en prise avec la jouissance jusqu’alors restée inaccessible. Le sujet à cet instant appréhende sa responsabilité et par la même se rapproche d’une forme l’humanité, le geste restant, lui, déshumanisé.

Pour Jean, rien n’est pourtant véritablement réglé, mais une possibilité s’offre à lui et cela se vérifiera au cours des séances suivantes.

Matéo

Matéo est péruvien, il a 45 ans, et a été élevé dans une famille de commerçants pauvres et très croyants dans un village distant de 100 kilomètres de Lima, Il est l’aîné et a vécu les premières années de son enfance avec ses deux frères et sœur et a travaillé dur pour aider son père. Les événements de sa vie l’on conduit par la suite à Lima, où il a fait des études de pharmacien, puis au brésil et en Guyane française, lieu où il a commis un crime et sera incarcéré. Peu de temps après sa condamnation, il demande son transfert dans un établissement pénitentiaire en métropole. C’est là que je le rencontre à la fin de sa peine de prison.

Matéo maîtrise peu la langue française et parle un espagnol teinté d’accent portugais. Il fréquente assidûment l’unité de consultation du centre de détention. Ses nombreuses plaintes corporelles ont amené les infirmières du service à lui proposer de me rencontrer. Il veut parler car « parler c’est se libérer » dit-il. Il semble envahi par l’horreur du crime qu’il a commis. Dans ses prières, il demande à Dieu de lui pardonner son péché qu’il nomme aussi son « acte criminel. »

Matéo était installé depuis quelques mois dans un quartier populaire de la Guyane française. Il gère un petit commerce d’herboristerie. Il n’a pas pu faire valoir son diplôme de pharmacien péruvien non reconnu par l’état français. Sa vie s’organise malgré tout, entre ses déplacements professionnels en camion et en pirogue jusqu’au moment des faits.

L’insécurité est généralisée dans le quartier, racketté depuis quelque temps par des marginaux, l’un d’eux ne semble plus se satisfaire de la poudre d’or qu’il laisse souvent pour avoir la paix. Les menaces se font plus pressantes, Matéo se sent traqué, surveillé. Progressivement la peur l’envahit. Finalement, il alerte les autorités judiciaires de la ville mais sa démarche reste sans effets. Il obtient un permis de port d’arme pour assurer sa sécurité ainsi que celle de sa compagne. Le danger n’est donc plus seulement celui pouvant venir de l’autre mais il recouvre celui pouvant venir de lui.

Il est averti un jour qu’un homme armé le guette au coin de sa rue. Il décide de ne pas sortir et reste auprès de son amie dans l’arrière-boutique. Au moment de la fermeture l’homme fait éruption dans le magasin et Matéo l’abat de deux balles et court sans attendre se dénoncer à la police. Il est condamné quelques mois plus tard une première fois à 11 ans de prison au terme d’un procès qui dure moins d’une heure. Son avocat fait appel de cette décision et la peine est ramenée à neuf années de détention. Incarcéré en Guyane, les conditions de détention sont si désastreuses qu’il se résout à demander son transfert.

Amazonie : le nom de l’angoisse

Dès la première séance, Matéo commence à parler de lui comme s’il commentait les ravages auxquels il a été confronté au cours de son parcours de vie. La forme de son expression rappelle instantanément la tradition orale des contes d’Amérique latine. « Cuentos de camino » Il décrit longuement, avec douleur les tronçons de piste au cœur de la forêt amazonienne occasionnée par la déforestation. A l’issue d’une des premières séances au cours de laquelle je n’ai pu comprendre qu’un mot de temps en temps, il lance : « c’est la forêt amazonienne. » Je confirme. Non seulement l’angoisse est au-devant de la scène chez Matéo, mais elle porte un nom « Amazonie ».

Matéo dit souffrir de problèmes prostatiques et de constipation chronique. Les plaintes somatiques sont nombreuses, parfois étranges, notamment celle concernant un bouton qu’il aurait à l’intérieur du nez. Je me limite de mon côté à noter phonétiquement les expressions accentuées que je comprenais comme « oune fousil » « oune P38, » Jamais Matéo ne me regarde au cours de ces premières séances qu’il conclue lui-même d’un « voila messié » en se levant.

La langue devient plus audible, au fil des séances je perçois à quel point les signifiants de la religion l’engagent et le soutiennent. Matéo évoque la vie de commerçant de ses parents ainsi que de ses grands-parents au Pérou. Il passe rapidement sur la mort de son grand-père assassiné dans sa boutique par des « braqueurs. » Il rapproche dans le récit cet événement ancien avec son histoire présente, mais ne peut subjectiver ce lien en mettant en correspondance son acte criminel et la mort de son aïeul. « Ce sont deux destins distincts » dit-il. Leur rapprochement aurait peut-être pu permettre à Matéo de donner un statut à cette deuxième balle tirée au moment du meurtre qu’il a commis. Ces deux balles tirées lui ayant valu en partie la sévérité des juges au moment du jugement.

Au début d’une séance Matéo fait une annonce : « Je vais vous dire comment j’ai retrouvé la parole de Dieu.» En fait celui-ci fait état, alors qu’il était enfant, d’une expérience qui l’écarte, une partie de sa vie, de la voie religieuse.

Matéo se souvient que vers l’âge de sept ans, il était très attiré par les femmes. Il se rappelle avoir débordé d’ingéniosité pour regarder sous les jupes de son institutrice. Il évoque également avoir détourné une partie de l’argent des courses que lui avait donné son père pour acheter de la viande et de s’en être senti très coupable. Ce n’est donc plus du péché lié à son acte criminel dont il parle, mais d’un péché plus ancien, époque où enfant, Matéo n’est déjà plus innocent soumis à la pulsion scopique.

Il avait demandé au prêtre de le confesser. « Tu réciteras une prière sans lever les yeux, à genoux aux pieds de toutes les statues de l’église » lui avait imposé le curé. Devant la première, il ne peut se retenir de lever les yeux. Un détail des pieds de la vierge le surprit. « Il en manque un bout.» A genoux aux pieds de la deuxième son regard s’élève encore une fois et cette fois-ci c’est un morceau d’oreille qui manque à la statue. Matéo est très en colère et demande à voir le prêtre. « Comment ces statues qui ne peuvent rien pour elles pourraient-elles quelque chose pour moi ? »

La réponse du curé ne se fait pas attendre, l’outrage est trop fort, et les parents sont convoqués par l’homme d’église qui conseille une éducation encore plus stricte pour l’enfant blasphémateur. S’il s’agit bien d’un blasphème sur le plan religieux, le terme n’est pas adapté d’un point de vue linguistique et clinique, ni dans le sens ou Lacan le définit. Pour être plus précis sur ce point, en interpellant le padre à travers cette sainte colère1, Matéo a plutôt commis une profanation des objets sacrés. En réunissant les registres du sacré et du profane, et bien que son acte relève d’une véritable éthique de justice, il associe au registre symbolique les qualités du réel. La réponse ne se fait pas attendre : Elle va s’imposer à lui, sous la forme du sacrifice.

Matéo est alors éloigné de la famille et de son village et confié à un oncle de la famille à Lima. Il ne retourne chez ses parents que pour les vacances scolaires. Il n’apprend le décès de sa sœur qu’à l’occasion d’un de ses retours, à l’âge de dix ans. « Mes parents m’ont amené sur la tombe et m’ont dit : Voilà, ta sœur est là. » Je mets en relation le « voilà messié » qui conclue les séances et ce voilà ta sœur est là avec l’effort que Matéo produit pour orienter mon attention vers ce qu’il ne peut nommer et concerne l’objet regard.

Matéo suit sa scolarité dans un internat de Lima et poursuit des études supérieures en pharmacie. Il gère une officine à Lima mais le contexte social et révolutionnaire alimenté par le Sentier Lumineux et le Mouvement Révolutionnaire Tupak Amaru ont raison de lui, car étant engagé dès la fin de ses études supérieures dans la Isquierda, sa pharmacie ne fait plus recette. Persécuté, le mode de réponse qu’il donne est la fuite. A trente-cinq ans il émigre de Lima, il passe par le Brésil, traverse la forêt amazonienne pour tenter sa chance au milieu des orpailleurs et autres trafiquants en tout genre. Il rencontre sa compagne au Brésil et reste persuadé qu’il va pouvoir ouvrir une pharmacie en Guyane. Je note au passage que son itinéraire ne correspond pas au flux migratoire classique de la population pauvre du Pérou qui, dans la majorité, est poussée vers le Nord en direction des Etats-Unis. Matéo quant à lui a choisi une voie qui n’est pas toute tracée, une voie transversale qui signe d’une certaine manière sa position de sujet et suit le fleuve Amazone vers l’ouest jusqu’en Guyane.

C’est au cours de la séance suivante que Matéo fait le récit des retrouvailles avec la parole divine alors qu’il est adulte. Il intègre une communauté évangéliste2 et Matéo dit avoir été le témoin d’un miracle. Il insiste particulièrement sur l’état d’une femme atteinte d’un cancer de l’utérus et fait une description particulièrement macabre et détaillée du sexe et de l’organe malade de cette femme. La guérison totale de cette femme prise en charge par la communauté évangéliste met un terme à ce tableau en décomposition.

En trois temps, distincts mais totalement liés, Matéo est confronté à l’indicible du regard. Le premier est lié au désir de voir, (sous la jupe de l’institutrice), puis le deuxième avec le trou, l’objet qui manque au corps de l’autre à travers les statues, (il en manque un bout). Puis suit le troisième temps, celui où Matéo est amené à voir la disparition de l’être chère, au pied de la tombe de sa jeune sœur. La scène du miracle de la femme malade signe le nouage qu’opère sa jouissance entre désir et mort à travers la description du sexe en décomposition. Le miracle évangéliste constitue un point d’appui, qui tout en se passant de la représentation, permet au sujet de concevoir ce qui a disparu et ne peut plus se voir non seulement dans l’organe sexuel malade, mais dans le sexuel lui-même. C’est sans doute ainsi que l’horreur de la jouissance devient alors plus supportable.

La boucle du retour

Quelques mois après le début de nos entretiens, Matéo est extrait (de la prison) et convoqué par l’ambassadeur du Pérou à Paris. Mille deux cents kilomètres aller/retour à l’arrière d’une voiture, menotté. Depuis quelques temps des problèmes prostatiques l’obligent à uriner assis en s’appuyant sur la vessie. Le voyage est un calvaire pour lui. Il apprend qu’il est extradé vers le Pérou. Il ne peut retourner en Guyane auprès de sa compagne, ce qui ne semble pas particulièrement l’affecter. Il reprend contact avec sa famille dans son village natal et dit qu’il va pouvoir dire à son père ce qui s’est réellement passé.

D’une certaine manière une boucle s’achève qui ramène Matéo à son point de départ. Quelques jours avant le jour supposé de son départ, nous nous sommes dit au revoir. A l’image d’une forêt amazonienne ravagée par la déforestation, le parcours de Matéo semble relever d’une succession d’épreuves où la décomposition et la mort ne sont supportables que par sa croyance et son itinérance. Les paroles qu’il adresse au thérapeute lui ont permis, sinon de border, au moins de se rapprocher du « Kakon » auquel il est confronté, bien avant son geste criminel, au cours du péché de chair de son enfance. Il tente avec son récit de « pontifier »3 en envisageant sur le plan de l’intime et du sacré la possibilité de la mort et de l’inachèvement de la condition humaine que les statues lui ont renvoyé.

Au moment de nous quitter, il m’indique le nom d’un co-cellulaire chilien, à qui il a donné mon nom pour que je le rencontre. J’ai remarqué que Matéo m’adressait un ami qui parlait sa langue et j’ai cru qu’un jalon avait été posé sur son parcours. Il m’a également demandé mes coordonnées. Face à son silence, j’ai pensé qu’une fois de plus son histoire s’était refermée derrière lui, le poussant encore plus en avant dans sa quête improbable. Surprise, après plusieurs mois, Matéo laisse un message sur mon répondeur. Il me remercie, et m’indique qu’il est retourné vivre dans son village natal et qu’il va bien.

1 La théologienne Lytta Basset définit la sainte colère en ces termes : « Rappelons que, dans la Bible, « saint » signifie mis à part, séparé pour être rendu puissant par Dieu. Est donc sainte la colère qui me sépare du chaos douloureux où je suis englouti-e, et celle qui me sépare de ces humains hostiles, incompétents ou indifférents auxquels je me raccrochais désespérément. Est également sainte la colère qui me sépare des images stéréotypées de moi-même que sont « victime », « coupable », « parfait-e », « maudite », « gentil-le », etc. Est sainte, encore, la colère qui me sépare de ces représentations mortifères de Dieu dont j’avais si longtemps nourri ma foi et que je me donne enfin le droit de rejeter. Est éminemment sainte la colère qui se retourne contre Dieu et le met en cause ».

2 Si les mouvements évangélistes sont très implantés en Amérique du sud, nous noterons que sur le plan cultuel, ils n’impliquent pas de représentations possibles du divin.  » Tu ne dresseras point des statues, qui sont en aversion à l’Éternel, ton Dieu.  » Deutéronome 16.22 « . L’Éternel parla à Moïse, et dit : Parle à toute l’assemblée des enfants d’Israël, et tu leur diras : Soyez saints, car je suis saint, moi, l’Éternel, votre Dieu. Je suis l’Éternel, votre Dieu. Vous ne vous tournerez point vers les idoles, et vous ne vous ferez point des dieux de fonte.  » Lévitique 19.4

3 Pontifier signifie étymologiquement faire un pont pontifex. L’anthropologue Roger Caillois (L’homme et le sacré) rappelle l’origine du mot qui évoque des nœuds de paille qui servaient, à l’époque romaine ancienne, à fixer les poutres des ponts, et dont on confiait l’exécution au chef des prêtres qui étaient des faiseurs de ponts. Ce chef des prêtres, proches des puissances surnaturelles, était considéré comme le seul à pouvoir ériger impunément cette transgression dans le paysage : relier entre elles deux rives que les dieux eux-mêmes avaient pourtant pris la peine de séparer par un fossé infranchissable.

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