Association de Psychologues Cliniciens d'Orientation Freudienne

Parcours d’Exil

Docteur Pierre Duterte

Parcours d’Exil est une association loi 1901, reconnue de bienfaisance. Créée en 2001, elle réunit une équipe de médecins, psychologues, psychothérapeutes art thérapeute et kinésithérapeutes dont certains ont près de 15 ans de pratique du soin aux victimes d’atteintes aux Droits Humains. Le travail est à destination des victimes de tortures, des témoins de massacre de génocides, des mineurs isolés étrangers, des enfants soldats, mais aussi des victimes de mutilations sexuelles, de mariages forcés etc.

C’est à l’été 2001 que, confrontés à l’état de délabrement physique et psychique de jeunes mineurs isolés qu’ils rencontrent, Pierre Duterte et Hélène de Rengervé créent Parcours de Jeunes, pour mettre en œuvre des programmes destinés à répondre aux souffrances spécifiques des Mineurs isolés étrangers (MIE). Dès 2002, le Fonds des Nations Unies pour les victimes de torture (FNUVT) reconnaît la pertinence de l’action de l’association et lui attribue un soutien financier. Parcours de Jeunes est devenu Parcours d’Exil en élargissant son champ d’intervention, et se propose de prendre en soins toutes les victimes de torture et d’atteintes aux droits de l’Homme. En 2007 nous avons reçus plus de 900 patients au centre de santé Parcours d’Exil.

La mission première de Parcours d’Exil est d’accueillir et de prendre en soins des personnes ayant subi des atteintes aux droits de l’homme, et particulièrement des victimes de torture. Hommes, femmes et enfants de toutes conditions, de toutes origines, souffrant des séquelles de traumatismes lourds, sont accueillis et pris en soins.

La transmission de savoirs et savoir-faire issus de son expérience constitue une des trois actions principales de Parcours d’Exil qui assure la formation de professionnels (travailleurs sociaux, médecins, psychologues, personnels d’accueil, etc.) travaillant au contact de demandeurs d’asile et réfugiés victimes de torture. L’accueil et l’accompagnement (qu’il soit social, juridique, médical) de victimes de torture nécessitent en effet de connaître, et d’identifier certaines des conséquences des traumatismes liés à ce vécu.

Les intervenants de Parcours d’Exil, médecins, psychothérapeutes, art thérapeute etc. ont développé un savoir et un savoir-faire spécifiques à la prise en soins des victimes de torture. S’ils connaissent et peuvent expliquer les souffrances particulières de ces hommes et femmes, ils savent aussi les difficultés et questionnements des personnels des administrations, centres d’accueil et de soins qui les reçoivent.

Puisque l’activité de Parcours d’Exil s’inscrit dans un maillage de structures dans lesquelles sont reçus demandeurs d’asile et réfugiés victimes de torture, l’équipe thérapeutique de l’association assure des formations à destination des personnels d’accueil et de soins de ces organismes. Il s’agit de donner à ces professionnels des clefs pour connaître, identifier et comprendre les séquelles psychologiques particulières dont souffrent les victimes de torture auprès desquelles ils travaillent.

Les sessions de formation sont donc l’occasion pour les professionnels de Parcours d’Exil de transmettre leurs connaissances et permettent un éclairage nouveau sur les particularités du travail auprès de victimes de torture.

Enfin, certains des intervenants de l’association assurent des formations et des supervisions auprès de publics de soignants et d’intervenants sociaux, de psychologues médecins, psychiatres et personnels d’accueil. etc.

Je voudrais pour planter le cadre vous donner une « vignette clinique » d’une famille que je suis actuellement :

Je vois entrer dans mon bureau un homme, une femme une fille de 10 ans et un bébé de 8 mois.

La raison de la consultation est « la grande a des cauchemars ».

Je suis surpris par l’installation des parents chacun à un bout sur le deuxième rang des sièges et la grande fille se met devant. L’éloignement et la position à 90° des parents me surprennent.

Il me semble se passer quelque chose quand je parle de leurs enfants.

Je fais un génogramme et j’apprends que le père a été torturé, que la mère a été violée. Que le père a fui avec la fille aînée. La mère a fui de son côté. Deux enfants sont restés au pays et pas de nouvelles depuis 6 ans.

Le génogramme m’apporte une réponse : Madame en France, n’ayant pas de nouvelles de son mari depuis 4 ans a eu un ami qui lui a proposé de l’héberger, de l’épouser jusqu’à ce qu’elle soit enceinte moment où s’arrêtent l’hébergement et la proposition de mariage.

La demande d’asile fait que les autorités françaises les font se retrouver…

Le mari découvre le bébé de plus et me reprend quand je parle de leurs enfants…

Lors d’une des dernières séances, ils étaient de nouveau mal, très mal, car ils venaient d’apprendre que leurs deux enfants disparus avaient été tués, il y a six ans et que des amis au courant n’avaient jamais osé le leur dire…

Médecin directeur du Centre de santé Parcours d’Exil www.parcours-exil.org

Médecin, psychothérapeute, thérapeute familial.

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