Association de Psychologues Cliniciens d'Orientation Freudienne

Ce que je sais de la psychothérapie institutionnelle – 5eme Journée atelier Histoire des concepts

Ce que je sais de la psychothérapie institutionnelle
Serge RAYMOND

8.12.2012 AfficheS’il m’était demandé de rédiger une histoire de la médecine je serais bien embarrassé. Il me faudrait commencer par établir une histoire de la maladie au travers la conceptualisation de l’ouverture des corps, pour essayer de montrer comment ce savoir a pu se mettre place, et se transmettre. Je prendrais le risque de penser la maladie, pourtant bien définie, dans le contexte des sociétés dans lesquelles elle apparaît et se voit traitée. L’individu malade prenant le visage de la société où il vit, et selon les modalités qu’elle fixe ou lui fixe. Cette proposition formulée par Herzlich, C. et Pierret, J. (1984) paraît exclure la folie comme entité morbide, ou échapper à leurs préoccupations. La folie reste frappée d’ignorance et ceux qui en font l’objet prennent les visages de leur entourage ou celui de leur époque, vis-à-vis de l’ignorance. Ils se convertissent en vrais malades pour satisfaire aux attentes des vrais, et à celles aussi des médecins. Ils se voient dépossédés de leur singularité au profit du bien commun : la médecine du corps.

Ces « entités » sont récalcitrantes en cela qu’elles s’opposent à la raison ou la mette en échec. Elles sont un défi pour les époques et résistent â toute approche. Face à cette ignorance, chacun s’incline et les  » pseudo malades » doivent accepter de se voir couchés, cela fait plus vrai, mais n’évite pas le danger d’une réduction conceptuelle préjudiciable pour les intéressés.
La  » psychiatrie » cette notion datée de 1808, succède à l’aliénisme. Elle est censée contenir la folie et justifier que les fous soient désormais traités comme des malades somatiques, obéissant à une nécessité celle d’une unification de la médecine: inclusion de l’ esprit dans le corps. Ceci est une approche, d’autres sont possibles. On doit se demander à quel moment dans l’histoire des 15 siècles de chrétienté, (cette spiritualité avec Dieu qui a miné ou façonné la pensée occidentale) la médecine a pu s’imposer et disputer au religieux la propriété des corps. Puis négocier la possibilité de leur ouverture.
Cette entreprise constitue la première ligne de division entre Dieu et la science, entre la spiritualité avec Dieu, et la spiritualité sans lui, entre la psyché et le corps ; entre les vrais médecins et les faux, ceux dont parle le philosophe M. Foucault.
Le corpus de savoir dont nous disposons révèle qu’il n’existe pas encore d’histoire relatant les étapes de l’inclusion de la folie, ou celle du non savoir, dans l’histoire de la médecine. Plus vraisemblablement, l’histoire de la psychiatrie reste à construire alors que l’histoire des psychiatres est déjà commencée. Ceci nous permet d’avancer cette proposition qu’on reconnaît le vide, ou qu’on le repère à partir de ce qui l’entoure ou le borde. Fut-il, ce vide, dissimulé dans l’Histoire ou caché dans les trajectoires de vie. L’absence d’histoire de la psychiatrie bordée par l’histoire des psychiatres dans le vaste champ de l’histoire de la folie. Tél est le point d’articulation de notre réflexion ; tel est le point d’ancrage de la psychothérapie institutionnelle.

Comme vous l’entendez, les choses ne sont pas si simples. Elles se compliquent encore par ce fait des évènements majeurs de l’histoire qui ont malheureusement parcourus ce XX ° siècle. Et qui, ayant marqué cruellement la psychiatrie, ont rendu urgent ces espaces qui ont donné corps à ces nouveaux laboratoires itinérants que sont, je le répète, ce qu’on appellera la psychothérapie institutionnelle. C’est un peu sous le contrôle de ceux qui furent le Syndicat des Psychiatres des hôpitaux que je vais dire ce que je dis, en acceptant cette restriction que cette précision ne me donne aucune légitimité sinon celle de dire mon allégeance aux travaux de ces pionniers dans le champ de la psychiatrie publique. De ces travaux qui vont, pour moi, au delà d’un engagement professionnel : je veux parler d’engagement existentiel au service de ceux que L. Bonnafé (1948 a) désignait comme les fous.

Conditions de nécessités de la psychothérapie institutionnelle
Comment le phénomène concentrationnaire, pensé comme crime contre la raison à t-il pu s’infiltrer, et continuer de le faire, au creux de l’actualité en produisant des effets susceptibles d’apporter un éclairage sur les nouveaux comportements sociaux contemporains ? David ROUSSET (1993) dans sa somme consacrée â la clinique concentrationnaire. Et qu’il intitule avec brutalité  » les jours de notre mort » fournit à propos de Buchenwald ; de Dora ; Neuengamme ; Mauthausen et sa carrière aux 186 marches ; enfin Auschwitz et Birkenau, un authentique inventaire des règles, de la posture des personnages et de leur destin particulier avec leurs souffrances, leurs luttes, aussi leurs amitiés incluant les complicités et les ruses pour survivre et refuser la survie en servitude. Ce classique, conceptualisé suivi d’un autre ouvrage appelé « l’Univers concentrationnaire » (Rousset, D. 2010) permet au moins de comprendre les mouvements en jeu dans nos institutions et que saura reprendre le sociologue E. Goffman (1968) dans son célèbre  » Asylum ».

La psychiatrie, aux lendemains du Conseil National de la Résistance saura dire le lien repéré entre les phénomènes observées dans le Concentrationnaire, et publiés par B. Bettelheim en direction de l’ armée Américaine d’ une part, et ceux observés dans nos espaces d’ enfermement. Notamment nos hôpitaux psychiatriques d’ autre part. La découverte de ces liens donna lieu à une littérature abondante connue sous le nom  » d’antipsychiatrie » que certains de ses auteurs renièrent opportunément pour la survie même de l’institution au service des malades. Mais il faut bien comprendre les engagements de Bonnafé, de S.Follin, de J. Rouart et, un peu plus tard de G. Daumezon autour de H.Ey à Bonneval dés 1946, et qui devait donner naissance au mouvement de psychothérapie Institutionnelle conjointement à la fondation du Syndicat National des Psychiatres des hôpitaux ; un regroupement professionnel alors beaucoup plus idéologique que revendiquant sur le terrain spécifiquement des avantages d’ une catégorie professionnelle et dont la particularités devait colorer ce mouvement. Les acteurs en cause se trouvant à la fois agents de l’expérience, et conceptualisateurs de l’expérience, à la fois acteurs d’une histoire et écrivant cette histoire en train de se faire. Car ce qu’il faut bien entendre, par delà l’histoire, est la conviction des artisans de ce mouvement. Ils sont convaincus, à la connaissance des avatars du concentrationnat, que les Institutions sont malades et que la maladie qu’elles fabriquent relèvent de la névrose Institutionnelle, une entité morbide qui s’ajoute aux difficultés des institutionnalisés et compliquent encore leur approche. Dit en d’autres mots, la psychothérapie n’est pas encore cette technique bien individualisée que nous connaissons aujourd’hui hui. Elle s’est découverte comme une façon de soigner l’institution, d’utiliser une situation particulière : l’Institution comme moyen de traitement. Avec F. Tosquelles (1967) on a pu dire que cette psychothérapie Institutionnelle utilisait la vie hospitalière comme un plein temps thérapeutique. On comprendra là l’humour de ce psychiatre, réfugié de la guerre civile espagnole, ayant choisi de s’enfermer avec quelques autres, y compris avec le communiste L. Bonnafé à l’hôpital de Saint Alban. Il s’agissait de soigner un lieu de soin qui donnait de nouvelles maladies. Ce qui m’apparaît important de retenir, sur ces quelques arguments, est que la psychothérapie institutionnelle est née d’une expérience concrète de la souffrance psychique, de l’humiliation, de ce que C. Lanzmann appelle Shoah, c’est-à-dire de cette tentative de déshumaniser l’humain en le faisant disparaître, en l’éradiquant de l’ espèce humaine.

La psychothérapie Institutionnelle devenant un espace virtuel de retour d’expérience, lieu d’accompagnement et de conversion des réactions imprévisibles en première lecture. Peut-on dire de cet espace qu’il fut la clé d’entrée de la psychothérapie comme technique, puis des concepts de la psychanalyse à l’intérieur de la cathédrale psychiatrique ?

Dans quel état se trouvait alors, en 1944, la population dans cette cathédrale ?

« Près de 50 000 malades mentaux sont morts de faim entre 1940 et 1944
dans les Etablissements psychiatriques Français. L’hôpital Psychiatrique
du Vinatier, à Bron, dans la région Lyonnaise, compte à lui seul, près de
2000 victimes : « C’était une époque horrible », témoigna après la guerre,
André. Requet, le médecin chef de cet établissement, « Les produits que
nous recevions étaient absolument insuffisants pour nourrir 3000 malades.
Certains se mangeaient les doigts… J’ai connu un malade qui a mangé
d’un coup un colis qu’il avait reçu. Il en a fait une rupture gastrique et il en
est mort. Ils buvaient leurs urines et mangeaient leurs matières. C’était
courant. Nous vivions dans une ambiance de  » camp de la mort » »…. À ce propos
Max Lafon (1987) parle d’extermination douce « commandée par Vichy”, ce
que lui conteste vivement Isabelle Von Bueltzingsloevan (2007) dans son
« Hécatombe des fous » ».

C’est en tout cas autour de ces différends, à propos de « Celui qui croyait au ciel, celui qui n’ y croyait pas » que la psychothérapie institutionnelle a trouvé, sans les avoir cherché, ses lettres de créances ; lettres qui ont entr’ouvert les portes à la désaliénation si chère aux psychiatres de cette génération de la seconde guerre mondiale.
Conditions de possibilités de la psychothérapie institutionnelle
Entrée dans les années 1960 :
– Qu’est-ce qu’un hôpital de jour ?
– Ce n’est pas un hôpital de nuit. Ce n’est pas un lieu où dorment les gens. Et pas non plus un hôtel. C’est un hôpital où il n’y a pas de lit.
– Alors ! C’est un hôpital où on couche pas les gens; ils sont peut-être pas malades ?

Où peut bien se tenir cet étrange dialogue à propos des malades couchés ou debout?
Ce dialogue se tient en langue Arabe dans une Algérie aux prises avec 2800 jours de tortures et de destruction des corps, au cœur d’un pays en quête de liberté, d’un pays
rebelle à l’esclavage et à la servitude dans laquelle, avec sa culture, il est enfermé depuis150 ans. Et ce dialogue est paradoxalement tenu par un antillais, né Français, mort Algérien, (Cherki, A .2000) par un psychiatre Français, initiateur du premier hôpital de jour, sur le secteur de Blida, alors le nom d un hôpital psychiatrique qui porte désormais le nom de Frantz Fanon. Ceci dans un climat de réformes et de turbulences tant sur le plan de la politique hexagonale : accords d’Evian en 1962, que pour la politique à conduire en psychiatrie : ouverture du secteur avec la circulaire du 15 Mars 1960, et début de la désaliénation des malades mentaux. Le suivi se réalise à domicile, au chevet de sa famille, de son entourage, de son lieu de vie. Le vaste mouvement de décolonisation qui s’opère dès les années 1960 créé les conditions de possibilités de la désaliénation promue dès les années 1945-1946. La psychiatrie publique, institutionnellement assujettie aux règles du concentrationnaire, se voit libérée de ces mêmes règles par la décolonisation. C’est au cœur de ce paradoxe que va prendre corps la Société de Psychothérapie Institutionnelle.
Il faut là bien s’entendre. Cette société est une entité virtuelle de réflexion, elle ne se donne pas de mission technique à l’instar de l’inventaire des techniques assez précises dont font mention H. Chaigneau; P. Chanoit et J. Garrabé dans leur rapport de thérapeutique présenté au Congrès de Psychiatrie et de Neurologie de Langue Française. Caen, 5-10 juillet (1971).

Avec ses initiateurs R. Gentis (1966.19711973) ; F. Tosquelles (1967. 1985); J. Oury (2012); M. Mannoni; O. Mannoni ; L. Bonnafé (1948/a; 1948/b) la Société de Psychothérapie Institutionnelle voit le jour le 4 Avril 1965 à Rambouillet. Le Docteur J. Ayme est élu à la présidence avec pour bureau la plupart des représentants en poste de la psychiatrie publique dont la plupart des écrits et actions ont modifié le viager de cette psychiatrie des lendemains delà seconde guerre mondiale compliqué par les mouvements de décolonisation. La revue mensuelle de cette Société, publiée par les médecins des hôpitaux psychiatriques, conjointement â l’Information du même nom, est toujours vivante, et son équipe, autour du Bouillant Dr Minart, toujours active et féconde. Le numéro 4 de cette revue est riche d’enseignement pour toutes les orientations que va connaître cette société, et inaugure la création les Société scientifiques qui vont être crées en annexe aux actions syndicales et poser ou s’efforcer de le faire, les actions dans le contexte politique où elles surgissent. Ceci pour dire, à mon avis que s’élaborait sous nos yeux le corps psychique de la psychiatrie qui devait lui permettre de promouvoir une psychiatrie humaniste, en prenant en considération les événements du passé. La mort fut-elle douce, des 50000 mentaux entre 1940-1944 ne devait pas rester inutile. La psychiatrie se déclarait politique, s’engageait dans cette voie et faisait une place aux individualités. Cela répond-il â la question du pourquoi il n’existe pas une histoire de la psychiatrie, mais bien une histoire des psychiatres.

Conditions d’actualité de la psychothérapie institutionnelle
Si on devait retenir une possible cohérence de tout ce que je laisse entrevoir du politique et de l’humanisme et de ses démêlées dans l’histoire, c’est que la clinique psychiatrique s’est construite à partir de données empiriques, puisant dans ce que chaque individu donne au regard, puisant dans les environnements affectifs, émotionnels, chez les proches ou moins proches, se nourrissant de liens de causalité incluant les savoirs établis relevant des certitudes médicales. Autant d’arguments réunis sous la rubrique du bio-psycho-social. Ce rangement, aux lendemains de 1968 correspondait à une recherche œuménique, développait un projet d’oecuménisme psychiatrique dans le but de traiter les effets cumulatifs de nos connaissances empiriques autours de ces personnes enfermées dans les classements botanistes des débuts du XX° siècle. Les concepts de la psychanalyse voyaient naturellement leur entrée dans les institutions dans le même temps que sortaient de l’expérience institutionnelle des constructions autant idéologiques que matérielles qui devaient trouver leur épanouissement dans ce qu’on appela alors les Structures intermédiaires en psychiatrie ou encore les Structures Intermédiaires et la désinstitution. On passait donc de l ‘ Institution Ségrégative à une désinstitution Intégrative, comme l’ écrira alors J.F. Reverzy, un des principaux initiateurs de ce mouvement, et rédacteur en chef de la revue  » transition » , revue de l’innovation psychiatrique et sociale qui incarnait plutôt bien ces transformations . Elles prenaient en compte l’expérience étoffée, désormais, des praticiens relevant d’une pluralité d’écoles de pensée psychanalytique, même si ses acteurs restaient attachés à ce qui, pour nombre d’entre eux, avait tissé leurs relations précoces et bâtis leur déterminant: l’école freudienne de Paris. Le Champ Freudien, dans nos institutions devenant l’une des possibles étapes de ce déjà long parcours. Et qui est loin d’ être achevé si on tient compte des ruptures épistémologiques en voie d’ élaboration que ne peuvent négliger cette aire de retournement : la psychothérapie institutionnelle. La clinique du dehors, celle de la ville et du lien social insiste sur le décalage entre prise en charge biologique et prises en charge plus spécifiquement sociale. Où les comportements sociaux sont tenus en captivité par le raisonnement biologique entraînant un décalage, entre développement biologique et développement social comme support des conduites qui sont nommées dysharmoniques.’ Les personnes alors enfermées dans ce raisonnement adoptent le plus souvent des conduites paradoxales, à tout le moins inattendues, avant de se voir assignées à se taire. Les doutes qu’elles suscitent sont à l’origine d’une authentique obsessionnalisation du contrôle et de la maîtrise obligeant â harmoniser code pénal et D.S.M 4.
Peut-on rappeler ces deux premiers vers tenus par le petit-jean des « plaideurs de Racine “traînant son sac de procès derrière lui:
 » Ma foi, sur l’avenir, bien fou qui s’ y fiera  »
Tél qui rit vendredi, Dimanche pleurera  »
Ces deux petits vers ne sont pas anodins. Ils justifient notre timide entreprise. Car enfin, si on maîtrise le futur, on peut construire le présent à partir de ce qu’on en déduit. Et au diable cette histoire que je m’efforce de vous rappeler. On en a plus besoin.

Conclusions suspensives
Voilà, pour ma part, ce que je sais du pourquoi et du comment de la psychothérapie institutionnelle. J’en parle sans autre légitimité que celle d’avoir longtemps vécu dans ces institutions là. Convaincu de mon incapacité â dire ce qu’est la folie, mais plus convaincu encore que la folie me contient. Pour ces raisons, pour toutes ces raisons qui conduisent à la psychiatrie aujourd’hui, le raisonnement du qui suis-je, qu’est-ce que je fous là et qu’elle est ma légitimité m’obligent à me demander s’il n’est pas temps de se demander, et de s’adresser aux parlementaires pour ce faire, s’il n’est pas venu le temps de séparer la Scientificité de l’Etat, comme on l’a fait en 1905 avec les Églises. Ne serait-ce que pour freiner les avancées de la biocratie dans les menaces qu’elle fait peser sur la démocratie et les libertés individuelles.
Je suis conscient de l’imperfection de ce que j’ai essayé de vous proposer. Ça a l’avantage d’exister. Chacun peut le reprendre et en combler les lacunes. Mon idée est aussi d’établir un lien de continuité entre notre Association » A.P.C.O.F » et l’histoire qu’il s’agit de construire, tant il m’apparaît que ce regroupement des Psychologues Cliniciens d’Orientation Freudienne, se situe à un carrefour des politiques conduites à l’égard des corps citoyens et de leur appropriation par les corps de l’Etat d’ une part, à la veille d’une bascule dans l’organisation des Institutions de l’Etat, d’ autre part.

Puis-je rappeler que demain, Dimanche 9 Décembre est la journée de la Laïcité et qu’une manifestation doit se tenir sur la toute récente place de la Laïcité, à 10h30, dans le 15° arrondissement.

Bibliographie indicative à l’approche des conditions de nécessités de la psychothérapie institutionnelle
Marqués par les effets du nazisme et de ce qu’ils avaient pu en repérer dans les institutions et leur architecture pour annihiler l’ être humain dans les plus petits recoins de son être; et afin de le réduire à la soumission totale, celle de renoncer à quelque chose qui relève du non savoir, quelques psychiatres éclairés, sachant les liens de promiscuités entretenus par une religion qui avait en charge la folie, et des officiers de santé à la recherche de lettres de créances , se sont demandés ce que les méthodes et la pensée d’ alors, pouvaient traduire de la conception de la folie, des places et fonction de ces institutions comme appareillages( ou muselières ) et des liens qui pouvaient les unir ou les distinguer d’avec le concentrationnaire.

Si on date aux années 1960, les tentatives de conceptualisation de ce qui sera appelé  » psychothérapie institutionnelle » on ne sera pas surpris de noter que cette période se rapporte à ce vaste mouvement de décolonisation que la France a connu, et qui place les F. FANON (1962) et F. JANSON ( PEJU, M. 2002) au cœur de ces réflexions. Sorte de réactualisation d’un travail toujours en cours: la Shoah dont on ne parle pas encore, sinon dans un climat de réserve et de suspicion n’est pas audible. Par conséquent pas transmissible.
Car, qui dit « psychothérapie institutionnelle”, dit nécessairement  » pour accompagner quoi? Une éventuelle névrose institutionnelle ? Et qui nous viendrait d’où ? Ça commence comme ça. C’ est la dessus que tournent et réfléchissent, depuis si longtemps, les J.OURY et les générations qu’il continue de malmener sur les lieux même de ce symbole de nos disciplines que peut être le C.H.S.A et notre association A.P.C.O.F. laquelle, j’en suis fier, paraît devoir prolonger une tradition de transmission.

Dans cette orientation, je propose cette bibliographie qui devrait émouvoir bien des collègues de ma génération, en ce qu’elle nous indique que la psychothérapie institutionnelle fut, et reste, la garantie de la survie de l’humanisme de la psychiatrie, si malmenée aujourd’hui; un humanisme qui, en son temps, fut sa lettre de créance essentielle. Sans psychothérapie institutionnelle, plus de psychiatrie mais le prolongement d’une sociobiologie du bois dont on a fait A. CARREL et son fidèle et discipliné élève le bon J.M LE PEN (BONNAFÉ, L et TORT, 1992)

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GENTIS, R. (1971) Guérir la vie. Paris François Maspéro. Textes à l’appui/psychiatrie.

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Cet inventaire bibliographique marie littérature, militantisme et pratique et ouvre la porte à l’application et au développement de la pratique du travail de secteur. Les patients ne sont plus sous contraintes, et les familles ne partent plus de la périphérie vers le centre. On assiste à un mouvement centrifuge qui rencontrera les initiatives et les réalisations des  » structures intermédiaires en psychiatrie (Association pour L’Étude et la Promotion des Structures Intermédiaires animée par J.F Reverzy et J.M Antoine et la revue Transition. Les années 1980 paraissent marquer la fin de cette épopée née de la Résistance et perdre cet humanisme qui lui servait de moteur.
Se pose aujourd’hui hui la question de la pertinence de la psychothérapie institutionnelle, et de ce à quoi elle a bien pu servir. Celle aussi de sa place en psychiatrie désormais hors les murs, alors que sa légitimité se trouvait dans l’enfermement

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