Association de Psychologues Cliniciens d'Orientation Freudienne

L’actualisation du savoir ; la fonction FIR – 2eme Après Midi de l’atelier « Psychologues à l’oeuvre » – La clinique de la rencontre

Saâdia YAKOUB

AME APO 16.06.2012 VisuelLa fonction et non le « Temps » FIR (Formation-Information-Recherche) est un élément incontournable des activités cliniques, institutionnelles, préventives et curatives du psychologue. Ce n’est ni un privilège ni un passe-droit, mais une obligation, déterminée par la prise en compte de sa propre dimension personnelle, compte tenu de la spécificité de ses interventions.

La fonction FIR est entérinée par le Décret n°91-129 du 31 janvier 1991 portant sur le statut particulier des psychologues de la fonction publique hospitalière, notamment :
«Les psychologues exercent les fonctions, conçoivent les méthodes et mettent en œuvre les moyens et techniques correspondant à la qualification issue de la formation qu’ils ont reçu. A ce titre, ils étudient et traitent, au travers d’une démarche professionnelle propre, les rapports réciproques entre la vie psychique et les comportements individuels et collectifs afin de promouvoir l’autonomie de la personnalité ». Mais elle devrait être accessible à tout psychologue du secteur privé ; et ses contenus ne sauraient faire l’objet de directives de la part de directions, chefs de pôle, chefs de service, etc.

La fonction FIR exige de tout psychologue :
* son questionnement permanent autour de la clinique, de la pratique et de son rapport au Sujet ;
* son évaluation et la réélaboration de ses approches thérapeutiques et de ses techniques ;

* l’actualisation de savoirs hérités et qu’il transmet par le biais d’échanges et de «confrontations» théorico-cliniques (entrent dans ce cadre les Ateliers, Séminaires, Journées de l’APCOF, entre autres), supervisions individuelles et de groupes, formation et encadrement de stagiaires, car « Le terrain de la clinique, comme terrain d’échanges, est un lieu où l’on peut confronter des positions théoriques (…) se confronter aux autres, s’entourer de gens qui forcent à penser, être obligé d’avoir une pensée en mouvement(…)». (Patrick Deshayes ) (1)

Cependant, la fonction FIR a fait et fait l’objet de nombreuses critiques, voire d’«attaques» évocatrices de tentatives (avortées) de mise au pas de la profession. Ainsi :
* Le Rapport Couty (2) et la Loi HPST supprimant la référence à la prise en compte «des aspects psychologiques de la personne» ;
* Les tentatives de médicalisation assignant le psychologue à une place d’auxiliaire médical et que sous-tendent, entre autres :
– l’hégémonie supposée des neurosciences et du biologisme psychiatrique (à l’œuvre dans le champ des addictions, de la dépression, de l’autisme, etc.) évinçant ainsi la Clinique et le Sujet : «Le biologisme psychiatrique, calqué sur le modèle médical, a pour corollaire de considérer la maladie comme extérieure au sujet, ce qui doit le soulager à l’avance de son implication dans ce dont il se plaint. (…) La demande de soin est accueillie comme un besoin à satisfaire, non comme une parole à entendre (…) » (Marc Turpyn) (3) ;
– l’orientation du patient vers le psychologue sur «Prescription» du psychiatre (effective dans certains services) ;
– ou l’instruction DGS encourageant des pratiques à titre expérimental, dans un premier temps «intégrant les apports de la psychologie clinique dans les dispositifs de soins en ville remboursables sur prescription médicale». (4)
* Les tentatives de para-médicalisation, par la participation de cadres de santé à l’évaluation et à la notation de psychologues, dans certains établissements (à noter également la demande faite au psychologue du port de blouse blanche l’amalgamant ainsi au médical et au paramédical) ;
* Les tentatives, encore, de négation (voir de déni ?) de nos savoirs, compétences, techniques, par le décret du 20 mai 2010 (5), contestant notre exercice de la psychothérapie, et sommant les psychologues de retourner étudier la clinique, entérinée parallèlement par la suppression de la mention «Psychothérapie » de la «Fiche métier : Psychologue». (6)
* Citons par ailleurs ces nouvelles catégories professionnelles, non sans risque de confusion avec la spécificité du psychologue : «l’infirmière clinicienne» et plus récemment à titre expérimentale (pour le moment) du métier d’«aidant»,dont l’Instruction précitée indique qu’il peut s’agir d’un proche, mais aussi d’un ancien patient car ce dernier est «lié et impliqué, souvent par l’affect, dans le vécu de la maladie de la personne (…)» et dont «le rôle va souvent bien au-delà d’un soutien moral(…)» ;
* Rappelons la Circulaire dite «FIR» (7), soumise dans son application à l’appréciation de l’autorité administrative, excluant du «droit FIR» des psychologues pour raison statutaire (contractuels), mais renforçant le droit de contrôle de la dite autorité et de celle fonctionnelle (chef de service) au prétexte d’un manque de transparence du «rendre compte» de leur activité par les psychologues, ou d’incompatibilité avec les intérêts du service ou de l’établissement d’exercice ;
* Enfin, l’on signalera ces nouvelles instances – les directions Qualité et Gestion des Risques – à l’appui de critères que leur impose la réglementation, de «gestion des non-conformités», d’«évaluation de l’organisation et des pratiques», (8) la démarche Qualité s’avérant ce «nouveau mythe» qui veut « uniformiser, normaliser les pratiques, ramener le différent au même » (Jean-Pierre Leblanc) (9) alors que le sujet est unique dans son historicité.
Depuis lors, l’opposition légitime de notre profession en « résistance » (10) a permis de sérieuses avancées :
* Abrogation et réécriture de l’Annexe du décret du 20 mai 2010 relatif à l’usage du titre de psychothérapeute (11), remplacé par celui du 7 mai 2012 ;
* Abrogation de la circulaire dite «FIR», remplacée par celle du 30 avril 2012 (12) qui réhabilite cette Fonction (même si certains points posent question), en reconnaît le caractère indispensable à l’exercice de la profession, rappelle la tutelle de l’autorité administrative – ni médicale, ni paramédicale – et réaffirme notre autonomie d’exercice ;
* Réécriture de la « Fiche métier » par les professionnels, validée par les instances, et qui entérine nos missions : Activités cliniques avec mention «Psychothérapies individuelles et de groupe» ; Activités institutionnelles ; Activités FIR.

Par delà, peut être questionnée la signification latente de ces essais de maîtrise et de contrôle de notre statut et de notre fonction, inconsciemment perçus « menaçants » ; tentatives qui mériteraient une exploration audacieuse autour des concepts d’ «Emprise», «Identité», « Voyeurisme » (droit de regard sur le FIR), «Exhibitionnisme» (obligation d’en rendre compte), etc.

Enfin, nous le rappelle Dario Moralès dans son argumentaire introductif, le FIR «oblige à l’actualisation du savoir et donc à l’apprentissage des concepts dont la pratique est le fondement. Elaborer son expérience conduit aussi à rendre un savoir transmissible aux autres ; mais aussi à établir des connexions avec d’autres institutions. C’est cela la base des échanges cliniques».

(1) Patrick Deshayes. Entretien. Site Revups.www.upsy.net/spip/article.php3
(2) Rapport Couty. Missions et organisation de la santé mentale et de la psychiatrie. Janvier 2009 et Loi «HOPITAL, PATIENT, SANTE, TERRITOIRE». Juillet 2009.
(3) Marc Turpyn. Le psychologue clinicien, le singulier et le collectif. In Les deux mesures du psychologue clinicien. La pratique et la théorie. Après-midi d’études de l’APCOF. 25 juin 2011.
(4) Instruction DGS/MC4/DGOS/R4/DGCS/SGM 2012-110 du 20 mars 2012 « relative au plan psychiatrie et santé mentale 2011-2015». Annexe I. Plan Psychiatrie Et Santé Mentale 2011-2015.
(5) Décret n° 2010-534 du 20 mai 2010 «relatif à l’usage du titre de psychothérapeute».
(6) Annexe 1 : « Fiche «psychologues» du Répertoire des métiers de la Fonction Publique Hospitalière ». DGOS
(7) Circulaire DGOS/RH4/2010/142 du 4 mai 2010 «relative à la situation des psychologues dans la Fonction Publique Hospitalière».
(8) Instruction DGOS, ibid.
(9) Jean-Pierre Leblanc. Les défauts de la qualité. Novembre 2006. www.apjl.org/spip.php.
(10) Cf. différents sites : 1.Syndicat National des Psychologues ; 2.Jean-Paul Aubel : listinfo/manifpsyhosp. ; différents Collèges, Collectifs, Inter-Collèges de psychologues…
(11) Décret n° 2012-695 du 7 mai 2012 «modifiant le décret n° 2010-534 du 20 mai 2010…».
(12) Circulaire DGOS/RHSS/2012/181 du 30 avril 2012 «relative aux conditions d’exercice des psychologues au sein des établissements…».

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