Association de Psychologues Cliniciens d'Orientation Freudienne

Le matériel projectif

Charlotte de Bucy

Cette présentation du matériel projectif et de son utilisation dans la clinique de l’adolescent restera une introduction, ce matériel étant extrêmement riche et complexe.

Les tests projectifs me semblent un outil très précieux dans notre travail d’équipe avec certains adolescents en souffrance, adolescents se trouvant justement à une période de remaniements internes, où une aide appropriée peut déboucher sur une réorganisation fondamentale du psychisme.

Je pense plus particulièrement aux situations où l’équipe est face à un adolescent présentant une inhibition majeure et envahissante, et pour lequel une médiation va être nécessaire dans l’expression de son monde interne, à l’image du jeu ou du dessin dans la prise en charge des enfants.

Je voudrais citer ici d’emblée Nina Rausch de Traumbenberg pour qui un test projectif est tout sauf un forcing : elle nous dit: « le psychologue lui-même croit trop souvent implicitement pouvoir faire dire ce que le sujet ne veut pas dire, alors qu’il ne devrait jamais oublier qu’il est là, au contraire, pour favoriser l’expression de ce qui ne peut pas être dit dans un langage clair ».

Je pense également aux situations d’adolescents qui présentent une pluralité de symptômes de divers registres, masquant l’organisation psychique plus profonde.

Si l’on sait bien que l’adolescence normale peut s’accompagner d’une exacerbation des problématiques et des défenses, il y a une réelle nécessité d’intervenir sans tarder avec les adolescents en réelle souffrance. Le bilan projectif peut ainsi contribuer, avec les autres outils de l’équipe, à distinguer ce qui relève des variations du normal, de ce qui présente des risques d’évolution pathologique.

La perspective du bilan projectif va être une étude diagnostique mais surtout dynamique des difficultés du sujet, de ses ressources, et de son potentiel d’évolution comme je vous le préciserai plus loin.

Avant d’exposer les grandes lignes de la méthodologie des projectifs, je voudrais juste dire quelques mots sur la complémentarité des épreuves intellectuelles et de personnalité.

Il me semble qu’une évaluation par des tests projectifs devrait dans l’idéal toujours associer une épreuve de niveau intellectuel, afin de comprendre le sens de l’investissement de la pensée aux projectifs, que cela soit un investissement riche et productif, une inhibition, ou des mouvements de régressions dans le fonctionnement par exemple. Cet investissement de la pensée, cette inhibition ou ces régressions aux projectifs seront interprétés différemment si le test intellectuel situe le niveau dans la zone dite « normale » ou « moyenne », dans la zone « déficitaire », ou dans la zone « supérieure » de la population.

De même les tests projectifs vont venir éclairer les possibles mouvements de désorganisation de la pensée observés au test intellectuel, en permettant d’interpréter ces désorganisations comme des perturbations juste ponctuelles de la secondarisation ou de l’adaptation à la réalité, ou plus profondes, sous-tendues par un trouble identitaire, dans le cas de fonctionnements plus limites ou psychotiques.

Je crois qu’il est également toujours intéressant de relier les résultats des tests au milieu socio-culturel du sujet: les études récentes sur le Rorschach montrent que les protocoles des personnes faisant partie de catégories socio-professionnelles défavorisées, sont en moyenne moins riches et dynamiques, sans pour autant être pathologiques.

Je vais vous présenter brièvement le Rorschach puis le TAT.

Le Rorschach est composé de 10 planches non figuratives, c’est à dire que les tâches d’encre, noire ou de couleur, ne représentent rien de précis au premier abord.

La consigne va être de demander au sujet de dire « tout ce qu’on pourrait y voir, tout ce à quoi cela lui fait penser ». Le sujet est ainsi confronté à une double exigence:

– tenir compte du matériel concret,

– et faire appel à son monde interne pour associer et projeter des éléments figuratifs sur ce même matériel flou.

C’est ce compromis entre perception de la planche et projection de ses fantasmes et affects, entre inscription dans la réalité externe et investissement de la réalité interne, qui caractérise tout test projectif et en particulier le Rorschach. Ce compromis est en fait celui de tout individu dans la vie courante, puisqu’il s’agit de se conformer aux interdits et limites imposées par la réalité, tout en laissant la place au possible, à l’imaginaire et aux fantasmes. On sollicite donc au Rorschach les capacités du sujet à se situer dans l’aire transitionnelle au sens Winnicottien du terme.

L’analyse d’un protocole se fait selon de multiples dimensions, je vais vous en exposer quelques unes:

– Au niveau manifeste, le stimulus comporte deux dimensions fondamentales: la dimension structurale, c’est à dire la forme de la tâche, et la dimension sensorielle, c’est à dire la couleur de la tâche.

Ces deux dimensions vont servir de base à la méthode d’analyse des protocoles puisque l’appréhension de la construction formelle est considérée comme une conduite intellectuelle, cognitive, alors que la sensibilité aux couleurs est associée généralement à l’expression d’affects et de sensations.

Ainsi ce qui détermine la réponse du sujet, la forme ou la couleur, va témoigner de conduites psychiques particulières dans le traitement de la pulsion, du côté du pôle représentation ou du côté du pôle affect.

Un exemple d’investissement de la forme de la tâche, par exemple prévalent dans les fonctionnements névrotiques obsessionnels, peut être : « des personnages, parce qu’on voit bien leur petite tête, leurs bras, leurs jambes« . La mise en avant des affects, plus fréquente chez les sujets fonctionnant sur un mode plus hystérique, pourra être: « la vie, la joie, avec toutes ces couleurs« .

Du côté de la résonance affective, la couleur noire peut également être directement associée à des affects dépressifs ou anxieux qu’il va falloir explorer, tandis que le rouge stimule l’émergence de mouvements pulsionnels forts, le plus souvent sexuels ou agressifs, plus ou moins bien gérés selon les sujets et les moments. Les couleurs pastel des trois dernières planches sollicitent souvent quant à elles des mouvements régressifs importants, plus ou moins désorganisateurs pour le sujet selon la solidité de sa construction identitaire de base.

L’accès au monde interne, aux pulsions, et affects, se verra dans l’émergence de la sensibilité aux couleurs, mais aussi dans la projection de représentations dynamiques, c’est à dire en mouvement, ce qu’on appelle les Kinesthésies (par exemple: « des ours qui se battent », « une petite fille qui danse… », « une fusée qui décolle »…).

– Le sujet va également donner ses réponses en fonction de la façon d’aborder la tâche au plan spatial, de localiser sa réponse, dans la globalité (ce sont les réponses tenant compte de l’ensemble de la tâche) ou le détail (le sujet découpe la tâche pour ne tenir compte que d’une partie). Un surinvestissement des réponses globales, ou à l’inverse des réponses en détail, permet de faire d’hypothèse de conduites défensives face au matériel: un sujet qui ne donne que des réponses globales, peut se situer (et cela reste un exemple car cette conduite peut signifier d’autres mouvements psychiques) dans une quête de renforcement des limites, des contours de l’image, en lien avec une angoisse identitaire. Plus globalement, nous nous fondons en réalité sur l’hypothèse que les processus de pensée, l’appréhension et la perception de la réalité par la pensée, sont à l’image des processus psychiques caractérisant la construction de la personnalité.

Je pense à un adolescent qui avait par moments assez conscience de ses troubles de nature psychotique, et qui était d’ailleurs très angoissé par cette perte de repères, et qui me disait à la fin du Rorschach : « à chaque fois, j’ai dit des choses en regardant toute l’image, sinon ça aurait été très compliqué à gérer pour vous, les images partant dans tous les sens« . Ceci ne reste qu’un exemple et beaucoup d’autres hypothèses sont possibles, sous-jacentes à une conduite particulière, c’est toujours l’ensemble du protocole du Rorschach qui permettra de tirer des conclusions.

Toute réponse du sujet au Rorschach est d’ailleurs explorée dans une seconde partie qu’on appelle l’enquête, qui permet de comprendre, au cours d’un dialogue avec le sujet, quelle a été sa conduite sous-jacente : s’il a tenu compte de la forme ou de la couleur par exemple, s’il appréhende l’image dans la globalité ou dans le détail, et quelle est la fantasmatique sous-jacente.

– Les planches s’organisent par ailleurs toutes autour d’un axe, parfois très visible, qui rappelle l’axe du corps, et donc qui amène facilement le sujet à projeter une représentation de soi. Les planches sont également soit unitaires, c’est à dire compactes, entières, soit bilatérales, c’est à dire se divisant plus ou moins précisément en 2 parties.

Les planches compactes, d’allure fermée, favorisent d’autant plus la projection de la représentation de soi et de l’identité, qui apparaît plus ou moins unitaire ou confuse, différenciée clairement ou non par rapport à l’environnement. Ces planches sont une réelle mise à l’épreuve du narcissisme et des limites entre dedans et dehors, entre le sujet et l’autre. La référence au Moi-peau de Didier Anzieu est un bon moyen de comprendre les sollicitations du Rorschach.

Les frontières peuvent ainsi apparaître comme poreuses, peu définies (par exemple un sujet peut voir « un papillon avec des ailes trouées« , ou encore « un monstre avec des bras qui dégoulinent« ).

Des interpénétrations entre dedans et dehors peuvent signer l’effraction des limites par le pulsionnel (par exemple « un monsieur, on voit l’intérieur de son corps, son cœur sort de sa poitrine et revient« ).

Parfois apparaît même un espace corporel désorganisé ou morcelé : ce même adolescent psychotique évoqué plus haut répondait successivement: « un abdomen qui flotouille », « ça peut être très bien la forme du cerveau, comme son doigt de pied« ).

Tout le champ des identifications sexuées, et des conduites défensives contre l’angoisse de castration, peut émerger également au Rorschach, avec par exemple le surinvestissement des détails phalliques à valeur de réassurance, le repli sur une position passive face aux représentations de puissance, ou le maintien dans une représentation de soi bisexuée.

Les planches bilatérales favorisent quant à elles l’émergence des représentations de relation, dans leurs modalités les plus diverses selon les niveaux de problématiques: des fantasmes de fusion avec l’objet peuvent apparaître, des relations de dépendance, ou encore narcissiques avec un autre appréhendé comme un double du sujet ou son reflet, ou encore des relations conflictualisées avec tous les mouvements libidinaux ou agressifs qui les sous-tendent.

Mais il va falloir faire attention dans l’interprétation des réponses des adolescents, le Rorschach étant justement très sensible à ces signes de fragilité identificatoire, narcissique et identitaire, qu’il fait apparaître au premier plan. Chez les adolescents, les défenses par exemple du registre narcissique sont courantes, on observe un surinvestissement fréquent des enveloppes, avec des réponses de type « carapace », « vêtement », ou bien on observe les défenses contre la pulsionnalité interne dans les réponses « masque », « statue », « marionnette »…

De même l’image de soi, très fortement sollicitée au Rorschach, peut souvent apparaître chez les adolescents comme idéalisée (on voit des identifications à des personnages tout-puissants), ou dénigrée (par exemple « une femme, elle a l’air d’une pimbèche, elle a une tête d’autruche« ), ces conduites pouvant tout à fait s’inscrire dans un processus adolescent non inquiétant.

C’est là encore l’ensemble du protocole qui permet de faire des hypothèses, et c’est là où la formation spécialisée et l’expérience du clinicien sont essentielles. La population très diversifiée de la Maison des adolescents nous donne cette chance de pouvoir construire une expérience, sans cesse renouvelée, de la clinique de l’adolescent tout venant.

– Il existe bien sûr au Rorschach des critères quantitatifs d’adaptation, fondés sur les statistiques faites sur la population générale. C’est à dire que l’on va comparer les réponses du sujet aux réponses les plus fréquentes dans la population. Comparer les réponses d’un sujet à ces normes ne suffit bien évidemment pas, et l’on sait à quel point les adolescents aiment se situer, ou se situent malgré eux temporairement, en marge de la norme communément admise. Mais si le sujet n’a pas donné spontanément quelques réponses très fréquentes (par exemple un papillon ou une chauve-souris à la planche 5), on va vérifier s’il perçoit bien, avec notre aide, ces représentations considérées comme perçues par les sujets se situant dans une variation de la normale au sens statistique.

Cette confrontation des réponses à des critères normatifs paraît nécessaire, car elle nous permet de voir si le sujet s’inscrit dans une réalité sociale minimale, s’il peut partager une pensée commune. Mais l’étude clinique viendra de toute façon relativiser et compléter cette analyse quantitative.

– Les théoriciens se sont également interrogés sur les contenus fantasmatiques émergeant les plus fréquemment selon les planches, constituant ainsi ce que l’on appelle les sollicitations latentes du matériel. Cependant il est important de ne pas plaquer ces références statistiques: ce que l’on appelle par exemple couramment « la planche féminine/maternelle », ou « la planche masculine/paternelle » au Rorschach, peuvent chez un sujet résonner en termes tout autre. Il va être important de voir par ailleurs si le sujet réagit différemment aux planches, et si des représentations différenciées vont pouvoir être projetées.

Le test de Rorschach est l’occasion d’explorer plus généralement la richesse et le dynamisme du fonctionnement: les mouvements de désorganisation s’accompagnent-ils de remontées dans l’adaptation et l’élaboration? Ou bien le protocole se caractérise-t-il par une désorganisation progressive? Le sujet est-il en demande d’étayage et peut-il se saisir de l’aide apportée par le clinicien? Les modalités défensives sont-elles variées, ou restreintes et rigides? Les réactions sont-elles différentes selon le matériel, ou observe-t-on une immuabilité des conduites de réaction quel que soit le stimulus présenté, évoquant des conduites de persévération?

Ces éléments sont essentiels car ils montrent la souplesse ou la rigidité du fonctionnement, la prise en compte de l’objet, et peuvent révéler des possibilités de changement, d’évolution, et d’investissement d’une prise en charge thérapeutique.

Mais le sujet va aussi répondre en fonction de ce qu’il va percevoir, de manière plus ou moins projective, des attentes de son interlocuteur.

Les adolescents nous expriment ainsi souvent leur peur d’être « pris pour des fous », s’ils nous disent ce qu’ils voient sur les planches. On ne peut éviter les fantasmes liés à la situation observateur/observé, qui peuvent être ressentis par les deux sujets en présence, et qui représentent tout un matériel à analyser (fantasme agresseur/agressé, fantasme voyeur/exhibitionniste, fantasmes de toute-puissance/de castration).

En dehors des réponses proprement dites aux planches, des éléments relationnels se manifestent donc et entrent dans ce qu’on appelle la « clinique de la passation ». Ainsi le clinicien va observer l’implication, la qualité du contact, les commentaires du sujet, les manifestations comportementales. L’adolescent psychotique dont je parlais tout à l’heure me disait dans un mouvement très projectif de son angoisse sur moi et sur le matériel: « c’est bien tiré par les cheveux, il est vraiment nul cet exercice, c’est au CHU que vous les prenez ces images, vous prenez les scanner des gens et vous faites des trucs psychédéliques!« . Je me souviens aussi d’un adolescent qui, à la planche 5 du Rorschach, s’est levé, a pris une punaise sur le tableau d’affichage sur le mur et a percé la planche avec, sorte de passage à l’acte qui m’était adressé puisqu’il a fait cela en me regardant avec une certaine jouissance.

C’est la découverte de la psychanalyse et plus particulièrement de la notion de transfert et de contre-transfert, qui a permis de donner au bilan projectif cette dimension proprement clinique, c’est-à-dire inscrite dans la dynamique de l’interaction. Cependant au cours du bilan, le phénomène transférentiel ne possède pas la même force que dans la cure analytique pour la simple raison qu’il est limité dans le temps et que le transfert proprement dit a besoin de temps pour se déployer.

Le rôle du contre-transfert est aussi limité que celui du transfert, mais il ne faut pas pour autant négliger les sympathies ou les antipathies qui d’emblée peuvent jouer dans la relation sujet/clinicien.

Le TAT est une épreuve complémentaire que je vais vous présenter encore plus rapidement.

Il consiste à présenter au sujet une quinzaine de planches où figurent le plus souvent des personnages invitant à être mis en relation, avec plus ou moins de différence évidente des sexes et des générations, sollicitant notamment la problématique oedipienne.

On demande au sujet de raconter une histoire pour chaque image, et pour chaque récit on apprécie les différents registres conflictuels que le sujet peut se permettre d’aborder et de traiter, en se fondant sur l’hypothèse qu’à chaque organisation psychopathologique correspond une problématique dominante.

Mais on étudie aussi très précisément la manière dont ces contenus sont formulés: ainsi les « procédés d’élaboration du discours », dans les récits au TAT, sont les modes de construction de l’histoire, qui permettent de répondre à la poussée pulsionnelle, et à sa prise en charge dans un discours soumis aux exigences de la secondarisation, c’est à dire dans un récit intelligible, communicable à autrui.

Ces procédés sont sous-tendus par des opérations inconscientes (mécanismes de défense et autres conduites psychiques), qui donnent des indications sur la construction de la pensée.

Un exemple simple est celui de l’érotisation des relations dans le récit du sujet fonctionnant sur un mode hystérique, ou la mise en place de défenses telles que l’annulation, l’hésitation dans les organisations obsessionnelles. Les protocoles de schizophrènes seront souvent caractérisés par l’attaque de la pensée par le processus primaire, avec émergence de troubles de la logique, de désorganisation des repères spatio-temporels et identitaires.

Plus généralement le TAT permet de montrer l’existence ou l’absence d’une conflictualité intrapsychique: le sujet peut-il construire un scénario où le conflit entre désir et défense va s’exprimer? Ou se situe-t-il dans l’évitement du conflit, voire dans une absence totale de conflictualité interne?

Il existe donc une réelle complémentarité entre le Rorschach et le TAT:

Si le Rorschach met en priorité à l’épreuve le travail de figuration, les limites dedans/dehors, révèle les troubles identitaires, et sollicite le narcissisme, le TAT exige un travail de mise en récit, de secondarisation, inscrivant ses sollicitations dans le champ oedipien.

Mais l’une et l’autre de ces épreuves sont susceptibles d’éveiller les problématiques identitaire, narcissique, dépressive et oedipienne. On obtient ainsi une confrontation des résultats obtenus, qui renforce la fiabilité de l’analyse finale.

Ainsi l’association des deux épreuves me paraît indispensable, surtout avec les adolescents chez qui l’hétérogénéité du fonctionnement en développement est fréquente. La confrontation des deux épreuves permet un affinement considérable de l’évaluation diagnostique. Si la congruence des deux tests est généralement présente dans des organisations psychiques stables telles que la névrose et la psychose, un test unique peut masquer tout un pan du fonctionnement qui serait révélé par une deuxième épreuve: par exemple la présence au TAT de procédés d’élaboration du discours témoignant de la nature intrapsychique du conflit, peut venir nuancer la présence au Rorschach de signes de failles narcissiques plus aigües. Ou encore, les éléments de morcellement au Rorschach viennent révéler des modalités de fonctionnement psychotique masquées au TAT par une carapace conformiste, qui permet au sujet de maintenir une adaptation minimale.

 L’utilisation de plusieurs épreuves est donc indispensable pour saisir les diverses modalités de fonctionnement psychique d’un individu dans ses aspects les plus variés, les plus hétérogènes, les plus contradictoires.

Finalement auprès des adolescents je m’aperçois que ma démarche sous-jacente est d’essayer de poser un diagnostic différentiel, plus qu’une hypothèse diagnostique unique. C’est à dire que la clinique adolescente, mouvante et imprévisible, nous incite à être prudent, et à raisonner plutôt en terme d’exclusion de certaines hypothèses, ou en terme de compatibilité ou d’incompatibilité avec les hypothèses de l’équipe.

On peut ainsi tout à fait conclure un compte-rendu de bilan projectif par: « le bilan ne montre pas de fonctionnement psychotique structuré chez cet adolescent », ou « le bilan montre qu’au jour d’aujourd’hui l’adolescent se situe en deça d’une organisation névrotique ».

Le bilan s’attachera surtout à montrer, derrière l’hypothèse diagnostique attendue, les aspects dynamiques et singuliers du fonctionnement du sujet, et ses potentialités évolutives.

Dans le cas où l’adolescent reste en difficulté au plan symptomatique, le même bilan repassé un an après peut montrer de façon très pertinente l’évolution ou la cristallisation du fonctionnement psychique.

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