Association de Psychologues Cliniciens d'Orientation Freudienne

Les embrouilles de Pinocchio : du bois tout puissant au feu follet en chair– 12ème Journée d’étude – Ton corps est à toi

Morgane CREOFF

Introduction : Pinocchio vu par Carlo Collodi et par Walt Disney.

Pinocchio a été inventé par l’écrivain et journaliste italien Carlo Collodi en 1881. Il publiait un chapitre des aventures de Pinocchio dans le journal chaque semaine. Walt Disney en a proposé une réadaptation cinématographique en 1940. J’ai choisi de m’intéresser à la réadaptation de Disney, parmi toutes les réadaptations existantes, car elle présente le Pinocchio de référence de tous les enfants. Je vais donc m’appuyer dans un 1er temps sur cette réadaptation pour ensuite revenir au texte d’origine de Carlo Collodi.

La réadaptation de Disney est la version la plus édulcorée de Pinocchio. Le Pinocchio de Disney est un brave petit pantin naïf et plein de bonne volonté sculpté avec amour par le bon Gepetto, homme seul rêvant d’avoir un fils. C’est pour récompenser la bonté d’âme de Gepetto que la fée bleue apparaît une nuit pour donner vie au pantin de bois. Elle lui attribue Jiminy cricket, sa conscience, qui le guidera sur le droit chemin, et promet à Pinocchio de faire de lui un vrai petit garçon s’il sait se montrer généreux, courageux et obéissant. Gepetto appelle Pinochio « son fils » et Pinocchio voit en cet homme « son papa », leur relation est bien établie. Le pantin est animé du désir de devenir un vrai petit garçon mais de mauvaises rencontres vont amener Pinocchio vers toutes sortes d’ennuis et d’aventures car le pantin est bien naïf et ne se méfie pas assez des mauvais conseillés. Le chemin qui ramène Pinocchio à la maison du père est semé d’embuche, mais rien ne semble ébranler le désir de ce dernier de revenir vers son père. Il retrouve son père dans le ventre d’une baleine. Pinocchio et Gepetto finissent par sortir du ventre de la baleine qui les poursuit pour les avaler de nouveau. Pinocchio risque sa vie pour sauver celle de Gepetto et meurt noyé. Devant un tel signe de courage et d’amour, la fée Bleue redonne vie à Pinocchio mais son corps de bois se transforme en corps de chair.

Dans le texte original de Carlo Collodi, notre Pinocchio n’est pas un gentil pantin naïf mais un pantin ingrat et paresseux qui refuse de s’adonner aux études et au travail pour mieux s’enfuir et embrasser la vie de vagabond. Pas de fée bleue pour lui donner la vie, Pinocchio est issue d’une bûche déjà magique qui « rit et pleur comme un enfant ». Gepetto lui sculpte un corps, mais à peine les pieds furent achevés que le pantin s’enfuit par la fenêtre. Des animaux extérieurs et divers lui servent de conscience et l’avertissent des conséquences que peuvent avoir les choix impulsifs du pantin. Ce dernier n’en tient jamais compte. Pinocchio vit des aventures bien plus nombreuses et bien plus cruelles et violentes que dans la version de Disney. La tentation de se faire de l’argent facile est toujours celle qui le détourne de ses bonnes résolutions. Lui aussi finit par retrouver son père dans le ventre d’un requin. Le père ne souhaite pas en sortir, trouvant la sécurité dont il a besoin dans ce ventre rond et protecteur. C’est Pinocchio qui insiste pour sortir et finit par convaincre son père de le suivre. Par la suite Pinocchio se tient à ses résolutions, il travaille, étudie, soigne son père malade, et c’est par ce sacrifice de sa vie de pantin vagabond que Pinocchio est récompensé par la fée Bleue. Il se réveille un matin dans une belle maison, avec son père en bonne santé, de l’argent pour se mettre à l’abri du besoin, mais surtout, il se réveille dans un corps de chair. Cependant le corps du pantin de bois demeure, pendant à une chaise.

Maintenant que les résumés sont posés, nous allons nous intéresser au passage du bois à la chair.

La corpsification : Qu’est-ce qu’avoir un corps ?

Pour Pinocchio tout le début de l’histoire repose sur cette question : qu’est-ce qu’avoir un corps ? L’enfant à la naissance prend également conscience de son corps de par les nombreux ressentis qui le traversent, mais il apprend aussi qui il est en se positionnant dans le schéma familial : « Je suis fils/fille de… ». Il y a donc la question de la filiation et de l’identité qui se pose à Pinocchio dès le départ. Il est sculpté par Gepetto dans du bois et s’éveille à la vie, il prend conscience de son corps en remuant ses membres au fur et à mesure, mais il ne sait pas qui il est. Pinocchio sait qui est son créateur puisqu’il observe Gepetto en train d’achever son travail. Mais tout au long de l’histoire, on ressent la défaillance de Gepetto en tant père.

Le texte original de Collodi met en pleine lumière la défaillance du père alors que la réadaptation de Disney, très édulcorée, ne voit pas cette défaillance. La version de Disney porte davantage sur l’enfance et les désirs du sujet et met en avant un père qui reste présent. Dans le texte original, Gepetto est le pauvre absolu, il ne possède rien, et habille Pinocchio avec du papier. Il est trop dans la plainte et pris dans la recherche de réparation pour assumer son rôle de père. Il ne fait preuve d’aucune autorité paternelle. Il apparaît simplement comme un sculpteur de bois dépassé par sa création. Toutefois la nomination demeure le seul lien père/fils.

Au moment de nommer le pantin, Gepetto évoque une famille de Pinocchi qu’il aurait connue par le passé, les membres de cette famille de Pinocchi ont tous été de grands chanceux, Gepetto exprime alors son choix de nommer le pantin Pinocchio pour « lui porter chance ». Gepetto n’assume pas sa position paternelle mais donne un nom au pantin, et ce dernier va s’identifier à ce nom qu’il va s’approprier comme le sien. On retrouve ici l’idée du trait unaire de Lacan. Les animaux parlants, notamment le grillon (équivalent de Jiminy cricket, personnage inventé par Walt Disney), jouent le rôle de conscience bienveillante et d’instance surmoïque pour Pinocchio. Ils vont le guider au fur et à mesure de ses aventures, le conseiller, le prévenir des dangers, comme un père devrait le faire. Ils représentent ainsi l’autorité paternelle qui souligne encore davantage la défaillance du père.

Gepetto a des projets pour ce pantin mouvant, il souhaite le faire étudier comme un vrai petit garçon. Les désirs de Pinocchio sont tout autres. Il ne souhaite pas obéir, étudier ne l’intéresse pas, et travailler encore moins. Pinocchio ne vit qu’à travers les ressentis de son corps, il veut boire quand il a soif, manger quand il a faim, et dormir quand il est fatigué, refusant toutes contraintes. Il vit dans le principe de plaisir, et ne veut que se remplir de la satisfaction immédiate. Quand Gepetto fait part à Pinocchio de ses projets pour lui, ce dernier préfère s’enfuir.

A cette question de la fugue, plusieurs hypothèses sont possibles :

Pinocchio prend conscience de sa condition de pantin et qu’est-ce que le rôle d’un pantin ? Obéir à son propriétaire en toute chose et se laisser manipuler par lui. Le principe du pantin est qu’il est un corps au service de l’autre, créé pour être utilisé par l’autre, jamais pour avoir son libre arbitre. Tout parent se fait une idée de l’enfant idéal, et doit apprendre qu’il y a un écart entre l’enfant réel et l’enfant fantasmé. L’enfant a besoin de montrer son opposition aux parents dès son plus jeune âge pour exprimer son libre arbitre et démontrer qu’il souhaite devenir autonome, un corps indépendant. Il marque ainsi son refus de se conformer à l’image de l’enfant fantasmé par les parents. On pourrait ainsi comprendre la réaction de Pinocchio. Il ne souhaite pas être le pantin de Gepetto, et lui obéir en toutes choses, il ne veut pas être le garçon idéal porteur des ambitions paternelles, il veut vivre ses expériences et faire ses propres choix. Pinocchio s’enfuit dès que ses pieds sont sculptés pour pouvoir s’individualiser mais aussi pour se poser en tant que corps séparé pour mieux s’approprier son être propre. Ainsi il se défait de la dépendance au père pour rester seul propriétaire de son corps et non plus le pantin du père.

Les parents sont des créateurs, l’enfant leur doit la vie, il a une dette: «Ils m’ont donné un corps, je leur dois quelque chose en retour ». Le corps de la dette n’est pas une chose bien intégrée pour Pinocchio en ce début d’histoire. Il sait que Gepetto est son créateur, mais Gepetto ne se pose pas comme figure paternelle. Il n’a pas d’autorité, il cède tout au pantin. Gepetto ne fait jamais la morale à Pinocchio, ne le met pas en garde contre les dangers de la vie, et ne lui interdit rien. Ce sont les animaux tels que le cricket parlant, surmoi féroce, et la colombe qui prennent ce rôle à leur compte, le rôle de la conscience. Ainsi, si Gepetto ne se pose pas en père de la dette, Pinocchio ne peut pas rembourser la dette au père. Il prend donc ce corps comme lui appartenant à lui seul et se trouve bien démuni quand, face au froid et à la faim, il se trouve dans l’incapacité de subvenir aux besoins vitaux de son corps. Ce n’est que plus tard qu’il comprend que le père a pour rôle d’apporter sa protection et de subvenir aux besoins de son enfant. Il faut à Pinocchio le temps de réaliser qu’il a besoin d’un père, mais surtout, qu’il a besoin que ce père en soit vraiment un vis-à-vis de lui. Là commence son chemin pour revenir vers la maison paternelle.

Ma seconde hypothèse sur la question de la fugue entre maintenant en jeu. La fée bleue est également présente dans le texte d’origine, bien qu’elle ne donne pas la vie à Pinocchio, elle croise son chemin et se positionne comme sa mère. Elle tente de lui inculquer les valeurs des études et du travail. Elle veut faire de Pinocchio un gentil garçon pour Gepetto, pour offrir au père le garçon qu’il souhaite avoir. Il y a alors une demande de jouissance de la mère dont Pinocchio est l’objet malgré lui. Il ne veut pas rentrer dans un signifiant par rapport à cette demande de la mère. En effet, il confie que cette vie d’efforts et de labeurs n’est pas faite pour lui, et saisit l’occasion de s’enfuir du foyer maternel en montant dans une diligence qui emmène les mauvais garçons au pays des jouets « pour s’amuser ». Le père est trop pris dans la demande de la mère puisqu’il émet lui aussi les même désirs, alors quand la dette au père devient trop importante, Pinocchio préfère la fugue. La fugue est un fait récurrent dans l’histoire de Pinocchio, elle apparaît à la fois comme une solution que le sujet se créait pour esquiver ce qui lui déplaît, et à la fois comme une impulsion face à laquelle il ne peut pas lutter. On pourrait donc considérer la fugue comme une sorte d’appel au père, mais aussi comme un symptôme que Pinocchio se créait pour se défaire des exigences parentales.

L’histoire de Pinocchio a en apparence un caractère pédagogique et « moralisateur » où certaines valeurs sont louées pour faire des enfants de dociles marionnettes. Cependant Pinocchio incarne ce désir d’individuation que ressent chaque enfant à l’âge où il souhaite s’émanciper de ses parents dans une quête d’autonomie et d’indépendance, ne pas se résumer à être l’objet du désir des parents, ou l’objet de leur demande de jouissance.

L’expropriation : les phénomènes du corps.

Pinocchio n’aime pas étudier et n’aime pas l’école. Pendant un long moment de cette histoire il se tient en marge de la société, se considérant lui-même comme un vagabond. On retrouve ici l’idée du refus de s’inscrire dans l’ordre signifiant, le refus de prendre part au corps social, régi entre autres par l’éducatif et l’apprentissage dont l’école est le symbole par excellence. L’école est le lieu du dressage du corps et de la régulation pulsionnelle. Le corps n’est plus roi, il est dressé par des codes et des règles à suivre et le sujet est sanctionné s’il ne joue pas le jeu. Pinocchio refuse ce dressage de son corps et cette régulation pulsionnelle car il ne vit que par la pulsion et la quête du plaisir immédiat en refusant la contrainte. Il se positionne ainsi en marge de la société.

Il est intéressant de noter que Pinocchio a aussi une sorte de « tic » : son nez s’allonge quand il ment. C’est une manifestation corporelle qui le déborde, et bien que cela constitue un désagrément pour lui, il se trouve impuissant face à ce phénomène. Le nez qui s’allonge est aussi une jolie façon d’illustrer l’expression « se voir comme le nez au milieu de la figure », on pourrait donc en conclure que Pinocchio n’est pas très bon menteur ! Le tic est une manière pour l’enfant de s’extraire du corps ou de ce dans quoi on cherche à l’enfermer, dans le rôle de l’enfant parfait par exemple, correspondant à l’image de l’enfant fantasmée par les parents. On peut ainsi comprendre le comportement de Pinocchio, ses mensonges, ses choix impulsifs et son refus d’intégrer le corps social, comme une réponse aux attentes de Gepetto : « Je ne serai pas ce garçon que tu veux que je sois en bon pantin que je suis ». Pinocchio exprime son opposition et son refus d’être enfermé dans ce que le parent veut qu’il soit, cette image de perfection à laquelle il ne peut et ne pourra jamais se conformer, parce qu’il est lui, et que la perfection est inatteignable.

Pour l’enfant, devoir se conformer à l’image idéale que lui impose le parent est une pression terrible. Pression qui va faire émerger des réponses de l’enfant qui paraitront inadéquates en premier pour les parents, puis pour lui-même. Des réponses qui vont parfois déborder le corps. Les « tics » de Pinocchio (mensonge, fugue) peuvent être considérés comme des troubles du comportement qui font symptôme. Comment se constitue le symptôme de l’enfant ? A partir de la demande des parents. Il n’y a pas de symptôme à l’enfance. Au lieu d’avoir son propre symptôme, il est le sinthome des parents, un nouage quand les parents sont en manque de nouage. L’enfant prête son corps ou son intellect comme suppléance au sinthome parental.

La naissance de Pinocchio ne vient pas de l’amour d’un homme pour une femme, il n’est pas anticipé. A la base, Pinocchio est une bûche avec une voix, on voit ici le trait unaire de la mère. Le corps émerge à partir de la voix, il n’est plus seulement une bûche qui crie. Il y a une relation de collage entre la mère et l’enfant dans laquelle le père doit se positionner et jouer son rôle de tiers séparateur. Pinocchio est un agent de la mère et doit se plier à sa demande car Gepetto ne peut assurer sa fonction paternelle du fait d’être pris dans la plainte et englué dans le sinthome du couple, il n’a pas de phallus. Pinocchio se retrouve donc à la place d’un objet aliéné à l’autre, et doit s’en séparer pour ne plus être un pantin. On peut assimiler le sinthome des parents à une sorte de bulle de fer dans laquelle l’enfant refuse d’être enfermé. Et pour se défaire du sinthome des parents, l’enfant va se créer un symptôme.

La fuite permet à Pinocchio de créer et s’approprier son symptôme. De par la création de son symptôme, il se déloge de la demande de la mère et essaie de se subjectiviser. Cette fugue constitue un appel au père par le biais du symptôme où il extrait son corps du collage à la mère pour que le père apparaisse, il cherche un père consistant. Dans son agitation, Pinocchio parvient à passer des fugues successives, passages à l’acte répétés, à la création d’un symptôme : le mensonge. Le mensonge est l’inverse de l’honnêteté dont on demande à Pinocchio de faire preuve. C’est une manière pour lui de se positionner en opposition par rapport au désir des parents. Le mensonge lui permet de passer du sinthome au symptôme. Le mensonge est une nécessité de l’enfant à l’âge de raison pour s’extraire de l’autre, comme le secret qui, selon AULANIER, représente une condition pour pouvoir penser. Par le mensonge, Pinocchio peut sortir du sinthome des parents, cette bulle de fer (image idéalisée du vrai petit garçon) dans laquelle il refuse d’entrer de peur de ne plus jamais pouvoir en ressortir, et entre dans le signifiant (car lui seul peut tromper).

Il fuit alors tout ce qui menace sa liberté d’être lui-même, le corps social est aussi une sorte de bulle de fer puisqu’on demande aux sujets de se contenir et de verrouiller certaines pulsions. Mais en vivant en marge de la société, Pinocchio vit dans sa propre bulle, bulle qui le sépare de tout, une bulle suffisamment forte pour empêcher les contraintes de la vie de venir l’envahir. Cette bulle, que Pinocchio s’est créée, l’enferme également dans une vie qui, en finalité, ne lui plait pas davantage. Mais la vie de vagabond est le fruit de ses propres choix, de ses propres expériences, bien que cruelles et difficiles, et c’est pour cette raison que Pinocchio choisit d’y renoncer lorsqu’il réalise qu’elle ne lui apporte pas ce qu’il désire. Pinocchio a éprouvé des manques qui l’ont amené à s’interroger sur ces désirs. Il souhaite retrouver son père, avoir un père, et être un vrai petit garçon qui ne sera pas celui que son père aura imaginé mais celui que lui peut espérer devenir par le biais de ses propres expériences, et le vécu qu’il s’est construit.

Pinocchio rejoint son père dans le ventre du requin et lui demande d’en sortir avec lui pour commencer une nouvelle vie. Gepetto s’y refuse au départ, il se sent bien dans le ventre du requin, il s’y est construit une maison, il pêche du poisson quand ce dernier les avale, il ne manque de rien. Il se trouve, à son tour, en marge de la société, protégé du reste du monde, réfugié dans cette bulle protectrice qui évoque la sécurité du ventre maternel.

A ce moment de l’histoire, il manifeste le besoin d’avoir un père pour être lui-même un garçon. Car c’est en restituant la place du père que Pinocchio pourra accéder à un statut lui permettant de se défaire du lien à la mère. Tout comme Gepetto a essayé de se bricoler un enfant à partir d’une bûche de bois, Pinocchio essaie de se bricoler un père à partir d’un homme démissionnaire dépourvu de phallus. Il est demandé à Gepetto ne plus se comporter comme l’enfant qui refuse de quitter la sécurité du ventre maternel mais comme le père qui va assumer son rôle et ses responsabilités. Il montre à Gepetto comment un homme peut être un père : en renonçant à être l’enfant. C’est sur ce pacte implicite que Gepetto et Pinocchio quittent le ventre du requin géant pour retourner à la vie réelle.

Le parcours de Pinocchio est marqué par la répétition : il cède aux tentations qui le détournent de son chemin et lui apporte des ennuis, puis il regrette et prend de bonnes résolutions, mais cède de nouveau à la prochaine tentation qu’il croise. C’est une boucle sans fin et Pinocchio apparaît comme un grand récidiviste. Mais il est intéressant de voir que cette répétition prend fin lorsque Pinocchio retrouve Gepetto en tant que père, car c’est en sortant du ventre du requin que Pinocchio se tient à ses bonnes résolutions pour la première fois et renonce à sa vie de vagabond pour se comporter en garçon qui prend soin de son père. La fin diffère légèrement dans la réadaptation de Disney : la baleine poursuit les deux personnages pour les avaler de nouveau. On pourrait l’interpréter comme l’exigence parentale prenant une apparence menaçante dans la dimension fantasmatique : une bouche dévorante qui cherche à nous garder enfermer pour toujours. Pinocchio arrive finalement à lui échapper au prix de sa propre vie et passer ensuite du corps de bois au corps de chair par une métamorphose. Dans les deux cas, une perte doit advenir pour accéder au corps de chair.

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