Association de Psychologues Cliniciens d'Orientation Freudienne

4ème matinale de la clinique – Etudier, un parcours à risque ? – samedi 02 décembre 2023

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Date / Heure :
02/12/2023
9 h 00 min - 13 h 00 min

Emplacement :
GHU - Sainte-Anne, Amphithéâtre Morel ; Pavillon Magnan

1 rue Cabanis 75014 PARIS

Catégories :

Mots-Clefs :
déclenchement psychotique, Décrochage scolaire, symptôme


Prix: 15€


Entrer à l’Université est le premier obstacle d’une longue course. Après y avoir été admis, il faudra
supporter des apprentissages, acquérir des savoirs et des techniques, subir des « rites de passage »,
affronter des dispositifs institutionnels avec des parcours jalonnés d’examens, de stages, ou de
soutenances. Et lorsque tout est terminé, trouver encore un métier auquel il faudra bien s’employer.
L’issue de chaque étape rend possible ou impossible l’inscription dans un registre symbolique articulé
avec un lot de représentations imaginaires : le renoncement à une espérance ancienne – j’ai si souvent
rêvé de…, la peur d’un échec qui parfois réactive le constat que la pensée magique est un apanage de
l’enfance, la douleur et la honte d’un ratage, d’un redoublement, la conviction tardive d’une erreur de
vocation, etc, autant d’affects qui accompagnent ce qui peut faire symptôme et donc souffrance et
jouissance lors de la rencontre avec l’objet produisant l’identification à l’être d’étudiant. En ce sens,
ces multiples occasions de rencontrer un trou, une faille dans le symbolique sont autant de prise de
risques.
Pour un(e) jeune, faire des études est une construction élaborée qui passe d’abord par un processus
« d’affiliation » avant celui d’une autonomisation par laquelle s’élaborent sa pensée et son projet de
vie professionnelle. Or l’Université est d’abord une offre d’exploration et d’acquisition d’objets de
connaissances. Chaque étudiant y fait l’expérience de sa capacité progressive à liquider sa « dette » à
l’égard de ce dispositif en accédant à un diplôme. Quant à son autonomisation, elle dépend de sa force
pour dépasser un cadre organisé et règlementé par cet Autre social. C’est ainsi que le désir d’étudier se
voit contraint.
La clinique rend compte de cet espace critique. A y prendre garde, on observe tout symptôme : des
éléments dépressifs de toute nature, des encombrements anxieux variés qui pourront bien relever de
surinvestissements ou de désinvestissements progressifs de l’objet. Il y a aussi des conduites affectant
l’adaptation sociale sous la forme de passages à vide, de conduites d’isolement par exemple. Ces
multiples manières d’un « débranchement à l’Autre » peuvent s’accompagner de prises de drogues, de
tentatives de suicide. Elles peuvent aussi mener à un radical abandon d’une vie quotidienne rythmée
par les cours ou les stages.
Comment distinguer ce qui, dans ce passage de vie fondamental, relève, chez un étudiant, d’une
mauvaise capacité à envisager la séparation avec l’Autre plutôt que d’une impossibilité à se fier à une
institution qui l’aura jugé par ses résultats ? Comment considérer sa vie au sein d’un campus ou dans
des solutions d’habitation et de subsistances parfois précaires, dans son impossibilité à disposer
d’objets de première nécessité ?
Et, si besoin, comment l’aider alors à se priver définitivement de ce statut d’étudiant, d’y opérer un
travail de deuil acceptable, de continuer de mobiliser ses ressources et son désir vers autre chose ? Si
cet objet est alors perdu à jamais, quelles solutions, quels aménagements ou suppléances peuvent
rendre sa vie, sa vie en général, dorénavant supportable ?
Le projet de cette journée est de réunir des spécialistes de la Psychopathologie et des
enseignants autour de cette thématique de l’investissement dans les études supérieures et de
ses corollaires. Après de brèves présentations, deux sessions donneront l’occasion d’un débat
ouvert avec l’ensemble des participants.

 

Programme de la Matinale

 

1 – Le décrochage scolaire. Quelle adresse ?

Il est tentant d’expliquer le décrochage scolaire en objectivant l’investissement d’un étudiant, sa
capacité à répondre aux épreuves et à se conformer aux demandes de l’Université. Une telle
approche envisage les solutions recherchées par l’étudiant (arrêt momentané, changement de filière,
redoublement) mais, évidemment, elle ignore la réalité psychique à laquelle il se confronte. Ceci
dans un contexte où les jeunes gens ont surtout à traiter leur désir d’autonomie, des questions
d’identité (de genre, de génération) et leur installation dans toute forme de vie affective.
Ce qui relève d’une attention pour les cliniciens porte davantage sur les risques d’isolement, de repli,
de déloyauté ou de conflits divers avec l’entourage que sur le décrochage lui-même. Cette démarche
met de côté le symptôme et les solutions que le jeune étudiant tente de trouver. Dénicher le fil qui
explique l’entrée dans un processus pathologique parfois vécu comme un tunnel, et qui pousse à la
T.S, dépression, dépression, décompensation, etc, sont les prémisses nécessaires à l’installation d’un
suivi thérapeutique.
A l’arrière-plan, une question reste toujours posée : Ce décrochage est-il une adresse ? Et l’Université
peut-elle accompagner ce qui se vit mais ne « se dit pas », cette « crise » au terme de laquelle une
suite devra être donnée. Car dans ce cheminement, qu’il mène à une impasse ou à un passage, ce qui
pousse à la mise en parole conduit aussi à la question du désir.

 

2 – La sortie du tunnel ou la condition de la séparation à l’objet comme ouverture du possible

Après qu’il soit accompagné dans son ratage sinon dans son échec et que des éléments structuraux
ont été élucidés, ce qui peut soutenir l’étudiant est sa possibilité de basculer d’une position infantile,
celle d’être objet et/ou d’être « orienté », à une position de sujet désirant.
Ce qui structure le désir passe par la succession des rencontres et des pertes avec un objet
appropriable et détaché d’identifications trop artificielles aux bénéfices escomptés. L’émergence
d’une position désirante tient à une expérience du manque dans sa réalité. Elle surgit certes dans le
travail mais aussi dans l’amitié ou dans l’amour et concerne ainsi toute sorte de questions. Ces
rencontres et leurs avatars produisent de l’angoisse et peuvent parfois prendre la tournure d’un
deuil. Ils produisent aussi de nouvelles formes d’identification qui se constitueront comme socle de
l’identité sociale.
Le travail thérapeutique offre à l’étudiant d’abandonner ses anciens objets, ce qui lui permet de
pacifier ou de produire une relation nouvelle à son univers, et de découvrir un nouveau genre
d’objet, celui-ci plus sûr. Les retombées ne se font pas attendre, celles de s’ouvrir et de s’autoriser à
des possibilités inédites.

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