Association de Psychologues Cliniciens d'Orientation Freudienne

LA NEWSLETTER D’ACTUALITÉS EN PSYCHANALYSE #1

LES IMMANQUABLES DE SAINTE-ANNE

Photo : Mbzt — source : Wikimedia Commons (CC BY 3.0)

2 juin 20h — Bibliothèque Henri Ey

« Marguerite Anzieu : analyse d’un dossier psychiatrique hors norme. De la psychose paranoïaque à l’émancipation féministe. »

Par Anouck Cape, docteure en littérature, psychologue clinicienne, et psychanalyste.

Marguerite Anzieu, patiente étudiée par Jacques Lacan reste célèbre sous le pseudonyme d’« Aimée ». La chercheuse Anouck Cape y analyse un dossier psychiatrique récemment retrouvé, révélant le combat de cette femme pour sortir d’un internement prolongé entre 1932 et 1943. Elle propose aussi une relecture féministe de cette histoire, en reliant la question de la psychose à celle de l’émancipation des femmes par l’écriture et la création.

17 juin 18h — Amphithéâtre Morel

« Contre la déliaison psychique et sociale, la force d’un maillage institutionnel fiable. »

Avec Ioana Lazar, psychiatre et psychanalyste.

« Dans la grande lutte entre pulsions de vie et pulsions de mort, il n’est jamais certain que ces dernières aient le dernier mot. Bien que la violence et la brutalité soient des phénomènes culturels au même titre que la création littéraire ou la médecine, la socialisation des pulsions est capable de tenir en lisière les visées destructrices ; c’est à la condition qu’existe un maillage fiable d’institutions où faire jouer le transfert et le contre-transfert, autrement dit que prime le lien social, l’emportant sur la déliaison.

23 juin 20h30 — Amphithéâtre Morel

57e soirée de criminologie de l’APCOF.
« La férocité du surmoi – Comment éduquer ? A quelle injonction obéit la jeunesse actuelle ? »

Animé par Dario Morales, psychologue, philosophe et psychanalyste.

Cette soirée interroge la difficulté, pour l’adolescent, de se séparer de l’autorité parentale et des repères de l’enfance. Cette séparation, souvent douloureuse, peut conduire au rejet de l’école et du savoir. Face à ce vide, l’adolescent se tourne parfois vers les objets de consommation et de nouvelles modes, qui finissent par l’aliéner. L’enjeu est alors de trouver des objets ou des expériences permettant d’apaiser le surmoi, d’accepter la perte et de s’ouvrir progressivement au désir, au savoir et à une autonomie plus authentique.

CINÉ-PSYCHANALYSE

Photo : © Ville de Paris – Joséphine Brueder

12 juin 20h30 — Studio des Ursulines, 10 rue des Ursulines, Paris (75005)

Cronenberg, David, réal. A Dangerous Method. Royaume-Uni/Allemagne/Canada/ Suisse, [Recorded Picture Company], 2011. Film, 99 min.

Avec Ioana Lazar, psychiatre et psychanalyste.

À l’occasion d’une projection-débat consacrée à A Dangerous Method, la Société Psychanalytique de Paris propose de revenir sur la mise en scène des débuts de la psychanalyse à travers le cinéma de David Cronenberg. Le film explore la relation entre Freud, Jung et Sabina Spielrein, en mettant en lumière les tensions entre théorie, désir et transfert. Cette séance sera l’occasion d’interroger, avec des psychanalystes et des intervenants, ce que le cinéma contemporain peut encore dire de la naissance de la pensée freudienne.

LES PARUTIONS

Breton, Philippe. Pour une théorie psychique de l’opinion : Pourquoi pense-t-on ce que l’on pense ? Toulouse : Érès, coll. « Hypothèses », 2026. 212 p.

Dans cet ouvrage, le professeur émérite à l’université de Strasbourg Philippe Breton s’attache à explorer les sources de la croyances. Pour cela, l’auteur entend revisiter les textes freudiens touchant à la civilisation (Totem et Tabou, Le Malaise dans la Culture..) à la lumière de l’anthropologie contemporaine. Un renouveau du « retour à Freud » pour comprendre la montée des discours affichant des certitudes tranchées, mais mués par leurs envers : les doutes.

Prévu le 4 juin 2026.

Badiou, Alain. Lacan et le réel : Philosophie et psychanalyse. Paris : Stilus Éditions, 2026. 130 p.

Lui ayant déjà consacré un séminaire entier (Lacan — L’anti-philosophie 3, 1994-1995), le philosophe Alain Badiou poursuit sa tâche de distinction entre philosophie et psychanalyse. Le philosophe entend ici s’attacher à cette distinction en abordant « ce qu’on entend par réalité, vérité, connaissance et acte. » Pour cela, au-delà de la question de la pratique clinique, un détour par le politique s’impose…

Prévu le 23 juin 2026.

PSYCHANALYSE EN PODCASTS

Photo : Radio France

Radio France — « L’inconscient ».

Il y a exactement 2 ans, en juin 2024, le podcast RadioFrance « L’inconscient » prenait fin. Rassemblant de nombreux intervenants (Laurie Laufer, Juan-David Nasio, Clotilde Leguil…) autour de nombreuses thématiques, ce podcast est une parfaite porte d’entrée à la fois vers l’introduction à la psychanalyse, mais aussi quant à son actualité. Chaque épisode aborde des thèmes liés au désir, à l’angoisse, à l’amour, à l’adolescence ou encore à la souffrance psychique, en mêlant références théoriques, récits cliniques et analyses culturelles.

LA CITATION

« L’amour, c’est donner ce que l’on a pas »

Lacan, J., Le Séminaire, livre XII, Problèmes cruciaux (1964-1965), Paris, Le Seuil, 2025, p. 227.

Comme souvent chez Jacques Lacan, la formule paraît paradoxale : « l’amour, c’est donner ce que l’on n’a pas ». Pourtant, elle résonne fortement avec notre époque. Dans un monde où tout pousse à se montrer complet, performant, désirable et autonome, aimer suppose au contraire d’accepter une forme de manque. On n’aime pas depuis une position de maîtrise, mais depuis une fragilité.

Les réseaux sociaux tout comme les applications de rencontre encouragent souvent une logique de vitrine : il faudrait offrir une image parfaite de soi, accumuler preuves de bonheur et d’accomplissement. Lacan rappelle exactement l’inverse : ce qui échappe et ce qui manque sont les causes du désir. C’est depuis l’incomplétude que le sujet est touché, et que surgit l’amour.

Inconciliable avec les images de plénitude qui inondent notre quotidien, Lacan nous rappelle au contraire qu’aimer, c’est renouer avec le manque. En cela, le désir pour l’autre est insaisissable et immatériel. Aucune intention ni attention ne pourront combler ce gouffre et faire office de preuve. On aime avec ce qui nous échappe, et l’amour est sans synonyme ni équivalent.

Cette citation prend à rebours les logiques contemporaines de la rencontre souvent marquées par l’immédiateté et la consommation affective. Là où l’on cherche souvent des garanties, l’amour implique une part de risque : donner du temps, de la confiance, une parole, sans certitude de retour. Ce “don de ce que l’on n’a pas” est comme un risque à prendre d’engagement de l’être, sans sécurité possible de satisfaction.

Ainsi, la phrase de Lacan conserve une actualité profonde : elle rappelle que l’amour n’est pas une performance, mais une rencontre entre deux êtres imparfaits qui acceptent de ne pas tout maîtriser. Et si, à l’heure de toutes les consommations et tous les accomplissements aimer permettait de renouer avec le manque et l’absence ?

 

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